‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 145 sur 266 · LIVRE llf. — LES TROIS ORDRES · texte numérisé non relu

LIVRE llf. — LES TROIS ORDRES

et les rivières, de forcer toutes les clôtures et serrures, de mettre en fuite les armées ennemies et de procurer l'abondance de toutes choses ^ . En général , la magie venait s'associer à la médecine dans une foule de circonstances, et les médecins y recouraient non seulement par charlatanisme, mais peut-être non moins souvent de trèsbonne foi; car la grande majorité des médecins du temps fut, certainement, plus ou moins imbue des énormes superstitions dont la médecine était entachée dans l'antiquité^. Galien lui-même n'en était pas exempt. Les principaux exorcistes étaient des Juifs ^. Ceux-là même qui repoussaient tous les moyens de la magie n'osaient pas trop contester la valeur des calculs astrologiques'', que l'on prenait, en Egypte surtout, pour base de la thérapeutique, et que nombre de gens, médecins et non médecins % regardaient comme des auxiliaires indispensables.

L'astrologie aussi était un art profitable, toléré malgré toutes les défenses, tant qu'on s'abstenait de l'étendre à ce qui concernait la personne de l'empereur ou les affaires de TÉlat. Plus tard, on soumit môme les astrologues à un impôt réguUer, qualifié de taxe des fous (pXaxswoVtov) à Alexandrie '^. Des astrologues grecs, orientaux et égyptiens

1 Pline, Hist. nat. , XXVI, 18.

- Cependant Ulpien, liv. VIII, de omnibus trihunalibus (Digesle, L, 13, 1, § 3), dit qu'un médecin n'est plus à considérer comme tel, « si incantavit, si imprecatus est, si, ut vulgari verbo impostorum utar, exorcizavit, Non sunt ista medicinœ gênera, tametsi sunt qui hoc sibi profuisse cum prœdicatione affirment. »

■'^ Josèphe, A. J., VIII, 2, 5.

i Pline, Hist. nat., XXIX, 9. — Voir aussi les Prognostica de decub. ex math, scientia, faussement attribués à Galien, dans celui-ci, éd. Kuhn, XIX, 529.

^ Juvénal, VI, 55S, etc.

•^ Suidas et Casaubon à Suétone, Claude, chap. xl.

pour la plupart^ , hantant la cour et les palais des grands, étaient dans la confidence la plus intime de ces derniers, et, figurant comme instigateurs et conseillers dans les entreprises les plus périlleuses, se trouvèrent ainsi fréquemment impliqués dans des procès de haute trahison. L'astrologue Pammène^, banni pour avoir eu la main dans des aff'aires pareilles, recevait de fréquents messages et toutes sortes de demandes d'avis jusque dans son exil, où il touchait annuellement une pension du consulaire P. Antéjus^ L'astrologie était, à proprement parler, la forme aristocratique de la divination; et, quant à la considération dont elle jouissait, aux formes populaires de ces superstitions, à peu près ce que, de nos jours, le somnambuhsme, les tables tournantes et les esprits frappeurs, le spiritisme, le psychographe et leurs analogues sont à la divination par la fonte de l'étain, le marc du café, les cartes, etc. Il y avait seulement la différence qu'à cette époque la manière de prédire, que favorisaient exclusivement ou principalement les hautes classes, était également très répandue dans les autres couches de la société, et qu'à côté des prophètes du grand monde, prétentieux et vénérés^, on trouvait partout à Rome, mais surtout près du cirque, des astrologues de carrefour, qui prédisaient l'avenir aux bonnes gens pour la bagatelle de deux oboles, par exemple % comme ces autres charlatans qui tiraient des prédictions des traits du visage, de la conformation physique,

1 Juvénal, III, 41. — Ammien Marcellin, XXII, 16. 18, etc.

2 Chaldœorum arte faraosus eoque multorum amicitiis innexus.

3 Tacite, Annales, XVI, 14.

* Quintilien [Declam., 4, 16) les appelle sacrx artis antistites. 5 Lobeck, Aglaoph., p. 253. — Horace, Sat., I, 6, 141. — Juvénal, VI, 588.

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