LIVRE III. — LES TROIS ORDRES
aussi figurer même parmi les chevaliers romains des fils de grands licteurs (lictores proximi). Quant aux commis des questeurs et des édiles curules, c'étaient, paraît-il, ordinairement des hommes de naissance libre. Après la guerre civile, Horace lui-même acheta une de ces charges, recherchées même par maint chevalier, comme nous l'avons déjà fait remarquer, page 230. La preuve de la considération qui s'attachait à ces places de commis résulte du fait qu'on en voit quelquefois les titulaires investis subsidiairement d'autres charges plus relevées, d'offices militaires et de sacerdoces. Avec la grande pratique des affaires acquise par eux dans un si long exercice de leurs fonctions, ils ne pouvaient manquer d'avoir beaucoup d'influence sur leurs chefs, qui changeaient tous les ans; il est même certain que souvent les chefs d'emploi se reposaient entièrement sur leurs commis du soin des affaires de leur charge, et comme ceux-ci pouvaient alors prendre des arrêtés de leur autorité propre, notamment en matière de police des marchés et d'administration des caisses pubhques, ils ne manquaient pas d'occasions de rendre service non -seulement aux villes d'Italie, à celles du voisinage de la capitale surtout, mais à des villes de province plus éloignées môme, qui, en témoignage de reconnaissance, leur conféraient souvent des offices honoraires et d'autres distinctions.
C'est vers fétat mihtaire qu'il y avait peut-êrtre le plus d'affluence d'hommes faits et de jeunes gens des rangs du peuple. La garnison de Rome, formée d'un corps de dix mille prétoriens, mais qui n'avaient pas tous leurs quartiers dans la ville même, et de quatre à six mille soldats des cohortes urbaines, se recrutait exclusivement parmi les hommes libres de naissance; le corps, organisé militaire-
ment aussi, des pompiers {vigiles), fort d'environ sept mille hommes, qui faisaient en même temps le service du guet, pendant la nuit, et celui d'une troupe de police, parmi les affranchis. Les simples soldats de la garnison de Rome étaient supérieurs en rang à ceux des légions et mieux payés. Le teuips de service était de vingt années dans les cohortes urbaines, de seize dans la garde prétorienne; la solde, à ce qu'il paraît, de deux deniers par jour dans celle-ci et d'un denier dans celles-là. A cette paye venait s'ajouter l'aubaine de présents très - considérables , dans les occasions extraordinaires, comme l'avènement d'un nouvel empereur au trône. Dans ces cas, les gardes recevaient toujours le plus. Ainsi, par exemple, sous Claude, chaque homme de ce corps, après avoir déjà reçu quinze mille sesterces à son avènement, recevait encore une gratification de cent sesterces à chaque anniversaire de cette solennité. L'attrait de l'état militaire n'était d'ailleurs pas seulement déterminé par la solde, la perspective de Tavancement et des honneurs militaires, ou le goût pour le métier des armes et l'éclat des armures, mais bien certainement aussi par la considération dont jouissait l'armée et son importance toujours croissante.
Dans une de ses satires, Juvénal fait particulièrement ressortir, entre autres avantages de l'état militaire, l'impunité des violences du soldat à l'égard des gens du civil K Un soldat avait-il frappé un homme en toge, celui-ci non seulement n'osait pas rendre le coup, mais ne se hasardait même pas à porter plainte en justice contre l'homme qui lui avait cassé une dent ou arraché un œil; car, devant les tribunaux militaires, seuls compétents pour juger les délits
1 Juvénal, Sat., XVI, 7-34.