‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 148 sur 266 · LIVRE III. — LES TROIS ORDRES · texte numérisé non relu

LIVRE III. — LES TROIS ORDRES

des soldats , toute la cohorte prenait aussitôt fait et cause contre le plaignant, si bien que personne n*osait plus témoigner en faveur de ce dernier. Il était effectivement plus facile de trouver mi faux témoin contre une personne du civil qu'un témoin véridique contre un soldat. Dans les provinces, naturellement, la brutale arrogance des légions ne le cédait en rien à celle des gardes dans la capitale. Il y a dans VAne d'or, d'Apulée, im récit très-caractéristique pour ces faits '. Un soldat légionnaire rencontre sur une grande route, dans la province de Macédoine, un jardinier monté sur un âne. Il lui adresse en latin, sur un ton plein d'arrogance et de superbe, une question à laquelle l'autre, ne comprenant pas, est fort embarrassé de répondre. Le soldat, ne pouvant retenir l'insolence dont il était coutumier, suivant l'expression de notre auteur, assène aussitôt un grand coup de bâton sur la tête du jardinier, qu'il met en sang et jette à bas de son âne. Le jardinier s'excuse humblement. Le soldat, persistant dans sa violence, veut lui arracher son âne; le jardinier a recours aux supplications, puis, le soldat n'y répondant que par des menaces brutales, se ranime, le jette à terre et le roue de coups à son tour, jusqu'à ce que son adversaire prend le parti de contrefaire le mort; ne lui voyant plus donner aucun signe de vie, l'autre lui enlève ses armes et se sauve dans la ville la plus proche, où il se cache chez im ami. Le soldat arrive dans la même ville, et somme ses camarades de le venger. Ils s'entendent pour accuser le jardinier, auprès des autorités, de s'être approprié un vase d'argent du gouverneur. On découvre sa retraite, et on le jette en prison, pour lui faire expier ses méfaits par le supplice.

1 Métamorphoses, IX, p. 205, etc.

L'engagement dans la garde, le corps le plus favorisé, était, comme il va sans dire, le plus recherché, mais aussi le plus difficile à obtenir; on n'y admettait probablement que des hommes d'élite, pour la force et la taille, dont la mesure était fixée à 5 pieds 10 pouces, au minimum ' .

Dans les commencements de l'empire, toute la garnison de Rome était formée exclusivement de levées fournies par Rome et l'Italie ^; plus tard, on recourut aussi, pour les compléter, à des provinces, telles que l'Espagne, la Macédoine et le Norique, dont les habitants ne tranchaient pas trop sur les Romains, par l'aspect extérieur et les mœurs. Sévère fut le premier qui, adoptant, au grand mécontentement des Romains, un nouveau mode d'avancement dans le service, ouvrit pour l'avenir la garde même aux vétérans des légions de toutes les provinces, mesure qui attira dans la capitale une multitude de soldats de tous les pays, à l'air sauvage et de mœurs aussi rudes que leurs idiomes. Il en résulta que la partie la plus belliqueuse de la jeunesse italienne, exclue de plus en plus du service militaire dans la capitale, où cette carrière lui avait été réservée jusque-là, se tourna en masse vers le métier de gladiateurs et de brigands ^

Le sujet capable entrant au service comme simple soldat terminait ordinairement sa carrière militaire par le centurionat, lorsqu'il n'avait pas la chance plus rare d'avancer jusqu'au tribunal d'une légion ou à la préfecture d'un détachement de cavaliers; mais il ne pouvait jamais

1 Dosithée, Adriani sent., g 2.

-' Tacite, Annales, IV, 5 : • Très urbaiiee, novem prœtoriae cohortes, Etruria ferme Umbriaque delectœ, aut vetere Latio et coloniis antiquitus romanis.

3 Dion Cassius, LXXIV, 2.

Page 1