LIVRE III. — LES TROIS ORDRES
monter plus haut. Cependant, même des hommes du troisième ordre réussissaient aussi quelquefois, à la faveur de protections et de bonnes recommandations, à se faire admettre d'emblée comme centurions dans l'armée, position déjà considérable et très-recherchée par conséquent ^ De là on pouvait, avec du bonheur, du mérite ou de la protection, s'élever par degrés jusqu'à la dignité sénatoriale, bonne fortune qui paraît toutefois avoir été très-rare dans les deux premiers siècles de l'empire, ou du moins il y avait possibilité d'arriver à l'ordre équestre, et inéme, comme nous l'avons déjà fait observer, d'atteindre aux plus hautes positions accessibles à des chevaliers. Justus Catonius, centurion en premier dans une légion de Pannonie, en l'an 14, mourut, en 43, gouverneur militaire de Rome -. Pertinax, qui finit par être empereur, avait obtenu le centurionat par la recommandation du consulaire Lollius Avitus, s'éleva promptement, après s'être distingué dans la guerre contre les Parthes, à divers offices équestres de plus en plus considérables, dans l'armée, la flotte et l'administration, et, par cette filière, jusqu'à la dignité sénatoriale et au consulat ^ Basséus Rufus aussi, dont nous avons déjà mentionné l'humble naissance, et qui avait grandi sans éducation, à l'époque des Antonins '', commença sa carrière comme centurion, devint tribun du corps des pompiers de Rome, et^ après avoir avancé
* Nempe si mihi maximus imperator vitem, id est centum homines regendos tradidisset, non mediocris honor habitus mihi videretur; cedo si praefecturam, si tribunatuni, nempe idem honos, nisi quod merces amplior. (Fragm. de P. Ann. Florus dans Jahn, éd. de Florus, p. xliv.)
2 Tacite, Annales^ I, 29. — Dion Cassius, XL, 18. — Sénèque, Lîid., 13, 4.
^ Vie de Pertinax, chap. i.
* Dion Cassius, LXXI, 5.
jusqu'au tribunat d'une cohorte des gardes, successivement procureur impérial en Espagne, dans le Norique, la Belgique et les deux Germanies. Il passa ensuite chef de l'administration des finances impériales, préfet des greniers de céréales, vice-roi d'Egypte, enfin gouverneur militaire de Rome, et obtint finalement aussi les insignes consulaires. Toute sa carrière officielle est inscrite sur les socles de trois statues, que le sénat lui fit ériger en divers endroits à Rome ^
Enfin, il doit y avoir eu, à Rome, une masse de gens vivant exclusivement ou subsidiairement, en y joignant le gagne-pain d'une autre profession, de ce qu'on appelait des services de client ^, Or cette clientèle est un phénomène si caractéristique pour la Rome d'alors, qu'il mérite une attention particulière. Elle n'avait guère conservé que le nom de la clientèle primitive. Celle-ci avait le caractère d'un lien pieux et sacré; la nouvelle, celui d'un simple louage de services. Le client des anciens temps de la république était un fidèle adhérent, et même, comme nous le montre Ennius, un confident de son patron, que celui-ci assistait de ses conseils, secourait efficacement, protégeait et représentait; le client du temps de l'empire
1 Orelli, 3574; Henzen, III, p. 37î!.
2 Tacite [Hist.j I, 4), dans le tableau qu'il fait des dispositions du public de la capitale, après la" mort de Néron, y distingue cinq classes ; l" patres, 2° primores equitum, 3*^ pars populi intégra et magnis domibus adnexa, clientes libertique damnalorum et exulum, 4° plebs sordida ac circo ac theatris suela, 5° miles urbanus.