LIVRE III. — LES TROIS ORDRES
ne fut plus qu'un comparse , maigrement rétribué et traité avec mépris, dans la séquelle de son maître ou roi.
'^La diminution du nombre des petits propriélaires aisés, l'appauvrissement de la masse et la concentration des fortunes dans les mains d'une oligarchie , avaient opéré ce changement, sans doute. *
' Dans les derniers temps de la république, la clientèle avait pourtant encore gardé quelque chose de son ancien caractère : témoin ce que rapporte Horace de la relation entre le consulaire L. Marcius Philippe et Voltéjus Menas. Le premier attire le second, dont la manière d'être lui avait plu, dans sa maison, après des informations portant que c'était un homme de condition fort modeste, il est vrai, mais sans reproche, jovial du reste et de la société duquel un homme surchargé d'affaires pouvait se promettre un commerce agréable et du bon temps. Dans cet espoir, le consulaire fait de Menas un commensal journalier et son compagnon de voyage , pendant qu'il s'applique à lui procurer, par une donation accompagnée d'un prêt, une existence modeste, mais bien assurée ^ Cet intérêt personnel du patron pour le client, toutefois, et mutuel en tant que celui-ci le payait de retour, s'évanouit peu à peu , à mesure que, le nombre des clients se multipliant dans chaque maison, des rapports plus superficiels s'établissaient entre eux et leur patron. On voyait se développer de plus en plus l'usage, de tradition républicaine, que tout homme de marque s'entourât d'une suite, dont la grandeur et l'importance répondissent à sa qualité et à sa fortune et missent, en même temps, celles-ci en relief; d'une suite qui remplît chaque matin son atrium et lui
* Horace, Épîtres, l, 7, 46, etc.
fît partout escorte en public, en un mot destinée à rendre son apparition aussi imposante et brillante que possible. Gomme, avec le temps, cet usage se généralisa tellement que tout homme dans les affaires, même avec peu de fortune, se voyait en quelque sorte obligé d'entretenir, dans l'intérêt du maintien de son crédit, un certain nombre de clients, pour le cortège de sa chaise à porteurs \ la clientèle, dès les premiers temps de l'empire, devint une condition pour vivre. Il arriva ainsi, avec la répugnance marquée des Romains pour les petites professions honnêtes ; mais laborieuses, qu'une multitude d'indigents se mirent, pour un menu salaire, à la disposition des riches et des grands, dont ils formaient ou contribuaient à renforcer l'escorte ou la cour-. On leur accordait, pour une série déterminée de services, une indemnité fixe, consistant principalement en une pitance ou une pension alimentaire.
Le mode de rémunération des clients est un point trèsdifficile à résoudre et très-mal éclairci, sur lequel on ne sait rien de bien positif pour les temps antérieurs au règne de Domitien. Les sportules qu'ils recevaient peuvent s'entendre de repas donnés ou de rations fournies en nature , aussi bien que d'une pension alimentaire, forme qui paraît avoir été substituée aux précédentes déjà du temps de Columelle, né au commencement du premier siècle de l'ère chrétienne, puisque cet auteur les appelle mercenarii salutatores et qualifie de quotidianum tributum leurs visites journalières, ou peut-être sous Néron, mais indépendamment de la fausse conclusion tirée par le savant Becker d'un passage de Suétone^, passage qui s'applique unique -
1 Juvénal, VII, 144, etc.
- Manilius, V^ 61, etc.
3 Néron, chap. xvi : Publicee cœnee adsportulas redacUe.