‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 152 sur 266 · LIVRE III. — LES TROIS ORDRES · texte numérisé non relu

LIVRE III. — LES TROIS ORDRES

une toge déjà passée deux ou trois fois à la lessive, voire même quelques milliers de sesterces ^ , ou quelques arpents de terre-, comme récompense finale de services continués pendant de longues années. Le petit bien microscopique donné à Martial, et dont il nous a laissé la description^, était' probablement aussi le don de quelque patron. D'autres jugeaient plus utile à leurs intérêts de faire des vieux clients hors de service les inspecteurs de leurs biens, et parfois cette faveur tombait, comme dit Columelle'', sur quelque mercenaire , qui se refusait à continuer son service quotidien, sans .pourtant entendre goutte à l'affaire dont on lui confiait la gestion. Souvent le patron logeait le client gratis\ Il paraît que celui-ci pouvait aussi parfois compter encore sur l'aide du patron, sous forme d'un prêt, d'une caution, de l'assistance en justice, ou de sa protection dans d'autres cas, et n'était pas toujours déçu dans son attente ^ Mais, à tout prendre, les ressources de la clientèle n'aboutissaient qu'à un bien maigre résultat. Beaucoup de clients n'étaient jamais nourris que d'espérances et de promesses, et pour deux ou trois que la visite de l'atrium d'un grand fait réellement vivre, dit Martial', il y en a une multitude que la faim rend blêmes.

Le maigre salaire qui , comme on l'a vu , était, au temps

1 Martial, X, 11,6.

- Juvénal. IX, 159 :

Quantum erat exhausti lumbos donare clientis Jugeribus paucis !

3 Martial, XI, 18.

i Préface au livre I, 12.

5 Digeste, YII, 8, 2 (Ulpien, livre XVII, ad Sabin.), § 1. — Ibid., IX, 3. 5 (Ulpien, livre XXIII, ad edictum), § 1. « Martial, 11,32; X, 18.

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de ce poète, habituellement de 10 sesterces par jour, devait être gagné par une suite de services pénibles, dont le plus fastidieux, mais le plus essentiel, était de faire chaque jour, avec l'aube, une visite au seigneur ou roi; un atrium journellement rempli de monde étant, nous Pavons déjà fait remarquer, de rigueur pour l'air d'une maison respectable ^ Les visites du matin se faisaient , on général, dans la première et la deuxième heure du jour. Mais, comme les clients étaient tenus d'être exacts, qu'ils aimaient mieux attendre à la porte que d'arriver trop tard et avaient, d'ailleurs, souvent un long chemin à ftiire^ ils étaient ordinairement obHgés de se mettre en route dans l'obscurité, dès avant le point du jour 2, et n'avaient même souvent pas le temps de dormir leur soûl , ni même de bien achever leur digestion^ « Quand la lueur des astres commence à devenir incertaine, » dit Juvénal, <c le pauvre client s'arrache à son sommeil et s'habille avec tant de hâte qu'il oublie de nouer les cordons de ses chaussures, de peur que l'armée des visiteurs n'ait terminé son défilé avant qu'il arrive^. » Martial^ surtout ne tarit pas en plaintes à ce sujet; il dit qu'il ne demande, pour prix de ses petits vers, que d'avoir la nuit pour dormir. L'impossibilité d'arriver à Taccomplissement de ce souhait,

1 Sénèque {Lettres, 22, 7) dit : Nudura erit latus? incomitata lectica? atrium vacuura?

2 Non resalutantes video nocturnus amicos,

dit Martial, X, 70, 5.

3 Stace, Silves, IV, 9, 48 :

Quod si quum bene mane semicrudus lilatam tibi dixero salutenu

4 Sut., V, 19.

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