‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 153 sur 266 · LIVRE 111. — LES TROIS ORDRES · texte numérisé non relu

LIVRE 111. — LES TROIS ORDRES

comme, en général, les tracas et les misères sans fin d^in service si mal rétribué , finit par le chasser de Rome. C'est dans son pays seulement qu'il retrouva du repos et du sommeil'. Une autre corvée, très-incommode pour le client, résultait de l'étiquette, qui ne lui permettait de paraître devant son patron que dans le costume d'apparat et de fête des Romains, la toge, espèce de robe ou de manteau de drap très-chaud et très-lourd. De moins en moins portée à Rome, depuis le commencement de l'empire, elle ne tarda pas à devenir le* vêtement distinctif des clients, bien qu'elle formât, d'ailleurs, un article de dépense considérable pour des pauvres-. C'est dans cette tenue maudite qu'ils se mettaient ordinairement en course, comme nous l'avons dit, dès avant l'aube, alors qu'on ne voyait encore dans les rues que les boulangers^ criant ]eurs pains , et leurs premiers chalands, les petits écoliers, se rendant à l'école^, la lampe à la main, ou, par-ci par-là, un rôdeur de nuit, revenant de quelque orgie prolongée. Aucun temps ne dispensait le client de remplir ce devoir; ni les sifflements de l'aquilon , ni la grêle , ne devaient le retenir, ni même la neige tombante, empêchement admis dans toute autre condition, pour excuser pleinement qui manquait de se

- Martial (XII, 18, 5) l'appelle sudatrix ioga. — Voir airssi IX, 100, et X, 96, 11, où il dit : Quatuor hic aestate tog£e pluresve teruntur. •■^ Martial (XII, 57, 4) dit :

Negant vitara

Ludiraagistri mane, nocle pistores.

Voir aussi Juvénal, VII, 225, et ces vers de Martial, XIV, 223 :

Surgite : jam vendit pueris jentacula pistor, Cristatœque sonant undique lucis aves.

rendre à une invitation acceptée ^ Il y avait en outre la boue des rues^, l'énormité des distances^, d'autant plus que la plupart des clients avaient plusieurs visites quotidiennes à faire ; puis, quand les rues commençaient à s'animer de la bruyante agitation du jour, des obstacles à chaque pas, sans parler des dangers dont les piétons étaient menacés, notamment de la part des voitures pesamment chargées ^ Le renouvellement quotidien de toutes ces tribulations devait, semble-t-il, suffire pour dégoûter bien des gens de ce genre de vie. Aus§i, dans Martial^ un client, fatigué de ces visites matinales de tous les jours, feint-il d'avoir la goutte.

La visite ou salutation du matin était l'obligation la plus importante des clients. Aussi les appelait-on salutatores ou togati, d'après leur, costume; mais la plupart d'entre eux étaient occupés de leur service une grande partie du jour, ou même jusqu'à la soirée, tenus, comme on l'a déjà dit, de faire cortège à leur maître, partout où il se produisait en

public. Ils devaient précéder ou suivre sa chaise à porteurs ou sa litière^, l'accompagner dans ses visites', finalement, peut-être même vers la dixième heure du jour, aux thermes d'Agrippa, tandis qu'eux-mêmes auraient été fort aises de prendre leur bain aux thermes de Titus, à une demi-

1 Sénèque (De beneficiis, IV, 39, 3) dit : Ad cœnam quia promisi ibo, eliamsi frigus erit : non quidem, si nives cadant. - Juvénal, III, 247.

« Martial, I, 108; V, 22.

^ Le même, V, 22, 7. — Juvénal, III, 243, etc. 6 VII, 39.

6 Martial, II, 18, 5; III, 46.

' Ibid., IX, 100, 3 :

Deinde hœrere tuo laleri, prœcedere sellam, Ad vetulas tecum plus minus ire decem.

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