‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 155 sur 266 · LIVRE III. — LES TROIS ORDRES · texte numérisé non relu

LIVRE III. — LES TROIS ORDRES

levé sur le salaire durement gagné de clients beaucoup plus pauvres que ces petits-maîtres d'esclaves, venait grossir les épargnes de ceux-ci MVIême après avoir réussi à se glisser par la porte entr' ouverte^, les clients avaient encore à surmonter, dans l'intérieur de la maison, l'insolence d'autres esclaves plus huppés, tels que l'huissier introducteur {nomenclator), ou le valet de chambre^, pour arrivera être enfin reçus. Ordinairement, le maître de la maison ne condescendait le matin qu'à prendre acte de la salutation de cette troupe de visiteurs , qu'on faisait défiler devant lui dans un ordre déterminé, et n'ouvrait pas même la bouche pour répondre à leurs comphments^ Que de personnages, dit Sénèque'^, encore tout endormis, par suite de la fatigue d'une orgie de la veille, n'ouvriront qu'à demi les lèvres, quand on leur aura soufflé mille fois le nom du visiteur, et n'apostropheront qu'avec des bâillements pleins de mépris ces malheureux ;, qui s'arrachent à leur propre sommeil, en attendant qu'un heureux de la terre ait fini le sieni C'était déjà bien de la condescendance que le maître daignât seulement se rappeler le nom de son humbe visiteur^. Le client, de son côté, ne pouvait se permettre d'aborder le patron qu'avec le plus profond respect, ni de l'appeler autrement que seigneur et roi , s'il ne voulait pas s'attirer sa disgrâce et encourir la perte de la récompense espérée , comme on le voit par ces vers de Martial :

1 Juvéïial, III, 184-189.

2 Sénèque, De heneficiis, VI, 34, 1.

3 Le même, ad Serenum, 14, 1 : Ostiarii difficultatem, nomenclatoris superbiam, cubicularii supercilium.

^ Juvénal, loco citato.

5 De hrev. vitœ, 14, 4.

^ Pétrone, Satyrique^ c. 44.

Cum le non nossem, dominum regemque vocabam, Nunc bene te novi, jam mihi Priscus eris.

(I, 113.) Mane salutavi vero te nomine casu,

Nec dixi dominum, Caeciliane, meum.

Quanti libertas constet mihi tanta, requiris?

Centum quadrantes abstulit illa mihi.

De longues années de service n'apportaient pas le moindre changement dans ces rapports 2, et il n'était rien dont on se consolât, à Rome, plus facilement que de la perte d*un client^.

Mais nulle part les clients n'étaient traités d'une façon plus humiliante qu'à la table même de leur patron. Juvénal s'est étendu sur la description d'un de ces repas, dans sa 5® satire. Il est possible qu'il en ait trop chargé de couleurs certaines parties, mais la concordance avec Martial et d'autres auteurs garantit la fidélité de l'ensemble du tableau. En effet, dans beaucoup de maisons, les clients, de même que les autres commensaux de condition inférieure, notamment les affranchis, étaient, en tous points, autrement traités que le maître et les convives ses égaux. Les mets, la boisson, le couvert et le service, tout était différent pour les uns et les autres, et on n'épargnait rien pour faire sentir aux clients, de toutes les manières, la distance entre eux et les invités auxquels on voulait faire honneur. MartiaP revient continuellement sur cette inégalité, que mentionne aussi Suétone, dans la

1 Voir en outre sur le même sujet : II, 68, et IX, 92.

2 Martial, III, 36.

3 Juvénal, III, 125.

* III, 60, et IV, 85, où le maître de la maison s'appelle Pontique ; puis I, 20, VI, 11, et X, 49.

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