‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 157 sur 266 · LIVRE m. — LES TROIS ORDRES · texte numérisé non relu

LIVRE m. — LES TROIS ORDRES

Or l'affaiblissement de la clientèle, quoi qu'en ait dit le savant Marquardt, n'aurait pu résulter que du déclin de l'institution du sénat même, sans que nous prétendions dire, pour cela, qu'à aucune époque de l'empire tout homme puissant et riche ne pût avoir de nombreux clients, sans être sénateur.

Déjà dans Épictète, dont les mentions accidentelles de la salutation du matin ^ s'accordent entièrement avec celles de Martial et de Juvénal, on voit les grands de Rome se laisser baiser la main par des solliciteurs^. Les relations de Lucien ajoutent des traits nouveaux aux précédents, bien que les rapports de la situation des clients et leur manière de vivre n'eussent pas sensiblement changé, quant au fond. D'après lui encore, ils se lèvent à minuit, courent par toute la ville, sont éconduits à la porte du maître par des esclaves et obligés de se laisser appeler chiens, flatteurs, etc.^ Mais les réceptions des grands de Rome, décrites dans Nigrin, portent déjà un fort cachet orientale Ils se pavanent dans des vêtements de pourpre, étendent les doigts, pour faire voir leurs bagues, et font généralement étalage d'une pompe outrée et sans goût. Ceux qui les approchent doivent s'estimer trop heureux d'avoir obtenu la faveur d'un regard muet du maître et d'une parole de quelqu'un de sa suite, se chargeant de suppléer à son silence. Les plus orgueilleux de ces patrons souffrent même que l'on se prosterne devant eux, à peu près comme c'était la mode chez les Perses; ils tiennent à ce que l'on s'incline de loin dès qu'on les aperçoit, en signe d'humilité.

* Diss., IV, 37.

2 Ihid.j III, 24, 49.

3 Lucien, Nigrin, 22.

* Ihid.j 21, etc.

et que le corps en témoigne par une altitude conforme; il est de rigueur qu'on leur baise la poitrine ou la main droite, faveur enviée par tous ceux qui n'en sont pas honorés. La récompense de toutes ces bassesses, dont l'usage paraît s'être maintenu, d'après Ammien Marcellin* et Claudien^, jusque dans les derniers temps de l'empire, était quelque régal ignominieux, dans lequel les convives, souvent obligés de s'enivrer, malgré eux, et amenés à divulguer leurs secrets dans la jaserie de l'ivresse , rentraient finalement chez eux avec des imprécations contre le festin, la lésinerie de l'hôte et les mépris dont on les avait accablés. On les voyait se soulager, aux coins des rues, de ce qu'ils avaient bu et mangé de trop , ou s'engager dans des rixes devant des maisons mal famées. Le lendemain , ils étaient alités pour la plupart et obligés de faire venir le médecin, ceux du moins qui avaient le temps d'être ma lades, loisir qui n'était pas donné à tous.

La plupart des gens qui se prêtaient à celte indigne obséquiosité étaient, il est vrai, de basse condition, des gens

* XXVIII, 4, 10 : Ex his quidam cum salutari pectoribus oppositis cœperunt, osculanda capita in modura taurorum minacium obliquantes, adulatoribus offerunt genua suavianda vel manus, id illis suffîcere ad béate vivendura existimantes,

2 Dans ses diatribes contre les deux ministres d'Arcadius, il dit de Rufin (I, 442) :

nia manus * . .

Cujus se totiens submisit ad oscula supplex Nobilitas

et de l'eunuque Eutrope (II, 66) :

. . . Advolvi genibus, contingeredextram Ambitus

Dans l'Éloge de leur rival, Stilicon (II, 152, etc.), ministre d'Honorius, il s'étend au contraire sur la condescendance de son protecteur.

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