‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 158 sur 266 · LIVRE IH. — LES TROIS ORDRES · texte numérisé non relu

LIVRE IH. — LES TROIS ORDRES

à manteaux 'Iroués, comme dit JuvénaP. Parmi eux on remarquait, au commencement de l'empire, aussi des soldats. Il fallut que Claude leur défendit expressément d'aller faire leurs salutations dans les maisons sénatoriales^. Cependant il paraît, d'après Lucien ^ que, même de son temps, des soldats figuraient encore dans ces visites. Mais, en outre, bien des gens, qui avaient vu des jours meilleurs, élaient obligés par des revers de fortune à se réfugier dans la clientèle, pour vivre. On voyait même des hommes bien élevés, comme Martial et l'auteur de l'apologie en vers de Pison, réduits par l'indigence à se mêler à la troupe grossière faisant le service de clients, dans les grandes maisons. Nous pouvons en croire l'apologiste de Pison, quand il nous dit que celles où l'on s'appliquait à ne choisir pour clients que des hommes ayant reçu de l'éducation, étaient d'heureuses exceptions, parmi lesquelles il compte tout d'abord la maison de son protecteur. Tous les adhérents de celui-ci étaient versés dans quelque art, ou quelque science, et toujours pleins du désir de s'instruire. Pison ne se serait point accommodé d'une vile troupe de chents balourds et grossiers, ne sachant faire autre chose que courir en avant de leur maître et lui faire place dans la foule. Aussi, sa maison n'était-elle pas de celles où l'on dédaignait l'ami humble et foulait orgueilleusement aux pieds le client.

La clientèle avait d'ailleurs ses inconvénients pour les patrons aussi, surtout dans les premiers temps, où les clients étaient encore un peu plus que des gens d'escorte salariés. A plus d'un maître, le va et vient continuel de cette tourbe ne laissait aucun moment de loisir; le pa-

-' Suétone, Claude, chap. xxv.

='• Pro lapsu in sahitando, 16.

Iron, suivant la maxime d'Horace \ se saurait par mie porte de derrière, pendant que les clients attendaient dans l'atrium, ce que Sénèque^, (outefois, trouvait plus inhumain que de les renvoyer simplement. Les clients importunaient sans cesse le patron de plaintes au sujet de leurs affaires, ou de leurs supplications de mendiants ^j par leurs cancans, ils ébruitaient les secrets de sa maison^; à sa table, ils se comportaient mal; souvent même il s'élevait des rixes entre eux et les affranchis^. Aux Saturnales et au nouvel an, ils apportaient de petits cadeaux, tels que des serviettes, de petites cuillers, des bougies de cire, du papier, une corbeille, avec des prunes de Damas; mais ce n'étaient là, comme dit Martial^, que des hameçons, avec lesquels ils espéraient pêcher des dons plus considérables. Le pauvre, ajoute le même poète ^, ne saurait être plus généreux , avec son ami riche , qu'il Test en ne lui faisant jamais de cadeau. Souvent toutefois, les présents faits en retour ne répondaient pas à l'attente des clients; il était rare qu'un patron fît sonner pour eux ses pièces d'or. Au lieu d'une quittance de son loyer annuel, dont il espérait la remise, le client ne recevait parfois qu'un flacon devin, un lièvre ou une pièce de volaille^. Les esclaves, de leur côté, détournaient beaucoup, ou bien ils venaient en troupe apporter les cadeaux et demander chacun un pourboire^.

* Épitresj I, 5, 31.

2 De brev. vit., 2, 4; 14,4.

=' Martial, IV, 88, 4 (querulus cliens).

^ Ibid. ,\ll, 62,4 (niger obliqua garrulitate cliens).

'" Juvénal, V, 25, etc.

8 Lucien, Cronosoloiiy 15, etc.

0 Ibidem.

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