‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 159 sur 266 · LIVRE III. — LES TROIS ORDRES · texte numérisé non relu

LIVRE III. — LES TROIS ORDRES

Huit porteurs' trapus, raconte 3Iartial ', avaient, à l'occasion des Saturnales, remis chez lui une foule d'objets ne valant guère ensemble plus de 30 sesterces; un seul aurait été bien inoins en peine de lui porter cinq livres d'argent. Du reste, le pauvre était tenu de s'extasier sur le cadeau du riche, tandis que sa propre offrande n'était que trop souvent dédaigneusement jetée à l'écart. Au sujet de ces fêles, pendant lesquelles il était d'usage de régaler les cUents en corps, Lucien reproduit, presque mot pour mot, le chapitre des lamentations de Juvénal sur la manière indigne dont les clients étaient traités et servis, à la table du patron; seulement il reconnaît qu'eux aussi, par leur conduite, donnaient fréquemment sujet à des plaintes -.

L'emploi du mot Domine , Seigneur, "^ que l'usage du tiiéâtre classique, depuis le siècle de Louis XIV, a rendu familier aux oreilles françaises*, était surtout de rigueur, pour accentuer le profond respect que les clients ne devaient jamais manquer de témoigner à leurs patrons, en leur adressant la parole. Si personne n'en a fait mention avant Martial, cela tient uniquement, sans doute, à ce que personne ne s'était encore étendu comme lui sur toutes les particularités de ces relations; car nous voyons déjà le patron qualifié de roi dans Horace ^ et dans Columelle \

2 Lucien, Cronosolon, 17, etc.; Ep. Saturn., 1, 22, 4, 38.

3 Épitres, \,1^^1, où il est dit :

Rexque paterque

Audisti coram, nec verbo parcius absens.

^ Préface au livre I, S». — Voyez en outre Martial, I, 112; II, 32, 8 II, 68; VI, 88; IX, 92.

Il importe de rappeler ici une dernière fois, avant de conclure, que la population de Rome était devenue, dans loute la force du terme, un amalgame de toutes les nationalités, surtout par suite de l'introduction continuelle d'une masse d'esclaves, amenés dans la capitale de toutes les parties de l'empire, comme des pays barbares, et que l'affranchissement de beaucoup d'entre eux poussait, chaque année, par milliers dans les rangs du troisième ordre.

Encore aujourd'hui, les tombes d'affranchis forment l'immense majorité des tombes qui bordent, des deux côtés, les voies militaires aux portes de Rome. Une mesure d'Auguste, limitant au maximum, assez large comme on voit, de cent le nombre des esclaves auxquels un particulier pouvait donner la liberté par son testament , fait juger des proportions qu'avait gagnées, dès lors, ce mouvement d'émancipation, qu'il n'entendait favoriser d'aucune manière. Il faut tenir compte ensuite de l'immigration, continuelle aussi, d'une multitude de sujets hbres de toutes les provinces, mais particuUèrement de celles du midi et de la partie orientale de l'empire, dont les flots inondaient Rome et y disputaient, de plus en plus, le terrain aux enfants de la capitale. Rome, d'après les plaintes de ces derniers , au commencement du deuxième siècle de notre ère, était devenue une ville grecque. Cependant la

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