‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 165 sur 266 · LIVRE IV. — LE COMMERCE DE SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — LE COMMERCE DE SOCIÉTÉ

des bancs pour les personnes qui attendaient ^ Les proportions grandioses et la magnificence de ces localités spacieuses, élevées et resplendissantes de marbres de toutes les couleurs, les séries sans fin de figures d'ancêtres-, une nombreuse domesticité coquettement parée, tout s'y réunissait pour imposer au visiteur non accoutumé à tout ce faste, et pour l'intimider. Là, il fallait absolument, pour être reçu, entrer en négociation avec les esclaves et les affranchis influents de la maison, afin de les gagner^; l'huissier {nomenclaior] , chargé d'appeler les noms des personnes admises, prétendait avoir besoin, pour l'exercice de ces fonctions, de longues listes écrites^*, bien que, généralement, on ne choisît, pour ce poste, que des gens doués d'une excellente mémoires Comme à la cour, les visiteurs étaient divisés en catégories^. En général, les réceptions, chez les plus hauts personnages et les puissants du jour, ressemblaient beaucoup à celles de la cour impériale. A la porte de Séjan, on faisait queue tout comme

1 Dion Cassius, LVllI, 5, à propos de la salutation de Séjan, lorsqu'il fut élevé au consultât.

2 Martial, I, 55, 5; II, 90, 5.

3 Sénèque, ad Seren., 14, 1. — Épictète, Dissert. I, 30, 7.

* Sénèque, De beneficiis, VJ, 33, 4, demande à ce sujet : Istos tu libros quos vix nomenclatorum complectitur aut memoria, aut manus, amicorum existiraas esse?

5 Aliéna memoria salutamus, dit Pline, Hist. nat., XXIX, 19.

6 Sénèque, De beneficiis , VI, 33, 4 : Non sunt isti amici, qui agmine magno januam puisant, qui in primas et secundas admissiones digeruntur; puis Ibid.j 34, 1 : Consuetudo ista vêtus est regibus regesque simulantibus, populum amicorum describere. Est proprium superbiae magno œstimare introitum ac tactum sui liminis et pro honore dare ut ostio suo propius adsedeas, ut gradum prior intra domum ponas, in qua deinceps multa sunt ostia quœ receptos quoque excludunt. — Dion Cassius (LXXVI, 5) parle exactement de même des audiences chez Plautien.

devant le palais de l'empereur, par suite de la crainte de chacun de n'être aperçu que trop tard, ou même de ne pas être remarqué du tout'. Des sénateurs présentaient leurs hommages aux clients du ministre, attachaient le plus grand prix à la connaissance de ses huissiers et de ses affranchis^, et s'accommodaient de leur insolence comme de leur faveur^. Non-seulement les visites de politesse, desquelles l'usage de cette époque faisait une obligation beaucoup plus stricte que celui de nos jours, mais encore nombre de solennités exigeant la présence d'invités, avaient habituellement lieu de grand matin; de là aussi, pour tout ce monde, l'obligation de se lever dans la nuit, pour ne pas arriver trop tard ^.

Parmi ces solennités comptait, notamment, le jour où l'adolescent revêtait la toge virile, cette date marquant son entrée dans un âge plus mûr et légitimant sa participation future aux actes de la vie publique^;

^ Dion Cassius, LVIII, 5.

2 Tacite, Annales, VI, 8.

3 Galien, Philostrate [Apollonius de Tyane, IV, 41, 182), Symmaque {Lettres, VIII, 41), S. Jérôme {Lettres, 43, 2) et Sidoine Apollinaire {Lettres, I, 9), nous ont laissé des mentions concordantes sur la salutation du matin et les allures des solliciteurs, jusqu'à la fin de l'empire d'Occident. — Un solliciteur, dit S. Orience, court la ville jusqu'aux heures les plus avancées de la nuit, se lève au point du jour et s'endort devant la porte du riche , à moins qu'il ne réussisse à se faire ouvrir, en gagnant le portier, ou que le licteur, irrité de ses cris, ne le chasse de la porte avec des coups.

4 Dans Suétone {Octave, chap. lxxvii) on lit : Si vel offîcii, vel sacri causa maturius evigilandum esset. — Symmaque encore , dans ses Lettres (I, 23), dit : Certe antelucano somno indulseris, ut detur aliquod tempus officiis.

^ Suétone, Claude, chap. ii, dit de ce prince : Togœ virilis die circa mediarn noctem sine solemni officio lectica in Capitolium latus est. —

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