LIVRE IV. — LE COMMERCE DE SOCIÉTÉ
document, dépendait du rang des signataires et du plus ou moins d'égards que Ton avait pour eux ^
Il y avait ensuite à souhaiter la fête de l'anniversaire du jour de naissance, des visites aux malades- et des visites de condoléance^ à faire. On était obligé de comparaître à un procès, d'appuyer une candidature '% de féliciter le candidat heureux au sujet de sa nomination^-, de donner la conduite à un fonctionnaire partant pour la province^. On avait promis à tel avocat, à tel professeur d'éloquence d'assister à sa plaidoirie ou à son cours , ou bien accepté l'invitation d'un poëte , pour la lecture du dernier produit de sa muse. JuvénaF considère ces lectures, qui se renouvelaient quelquefois tous les jours pendant des semaines, au printemps et en été, comme un des fléaux de Rome, après les écroulements de maisons et les incendies continuels.
Dans toutes les occasions pareilles, on attendait, conformément à l'usage, non seulement l'assistance des amis etchents, mais celle de quiconque avait les moindres rapports avec les personnes intéressées^. Le désir de célébrer
1 Juvénal, III, 82 :
me prior ille
Signabit fultusve toro meliore recumbet.
- Horace, Épures, II, 2, 65-70; Satires, I, 9, 17. 3 Pline le Jeune {Lettres, IV, 2, 4) , dit de Régulus , après la mort de son fils : Convenitur ad eum mira celebritate. ^ Sénèque , De brev. vitx, 1^1.
5 Épictète, Dm., I, 19, 24.
6 Suétone, César, chap. LXXI.
«^ Ce que dit Cicéron [yro Murena, 33, 69) : « Qua in civitate rogati infirnorum hominum filios prope de nocte ex ultima seepe urbe deductum venire soleamus, » s'appliquait assurément encore jusqu'à un certain point au temps de l'empire.
les fêtes, notamment, en aussi grande compagnie que possible, ainsi que de témoigner de la reconnaissance pour les hommages qu'on recevait, comme pour le dérangement qu'on occasionnait , développa l'usage, qui paraît avoir existé à Rome dès le commencement du deuxième siècle , de faire un cadeau en argent à tous ceux qui y prenaient part.
Dans ce tourbillon de relations sociales, il était difficile de vivre pour soi, et les natures portées au recueillement aimaient à se réfugier des flots et des tempêtes de Rome dans le silence et la solitude de la campagne ; pas toutes ne parvenaient à secouer les chaînes dont elles ressentaient si douloureusement le poids; les écrits de Sénèque^, par exemple, contiennent, presque à chaque page, des lamentations sur les incommodités et le vide de la vie dans la capitale. C'était là toutefois le véritable élément de l'oisiveté affairée, qui y fleurit plus que dans aucune autre ville et prit un immense développement. Le nombre des gens qui passaient leur vie dans l'accomplissement de formalités dépourvues de sens et en vaines démonstrations de politesse était exorbitant, des le commencement de l'ère impériale; ils formaient une classe à part\ dont l'étrangeté sautait aux yeux, et on les qualifiait spécialement du nom d'Ardélions, qui ne paraît avoir été inventé pour eux qu'à celte
► 1 Manilius (V, 61), dont le cinquième livre paraît avoir été composé sous Tibère, la caractérise ainsi :
Soieries animos , velocia corpora finget, Atque agilem officio mentem curasque pcr omnes Indelassato prosperantia corda vigore.
Instar erit populi, lotaque habitabit in urbe, Limina pervolilans unumque per onmia verbum Mane salutandi portans communis amicus.