‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 168 sur 266 · LIVRE IV. — LE COMMERCE DE SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — LE COMMERCE DE SOCIÉTÉ

époque. On ne connaît pas l'origine de ce nom ; peut-être était-il celui d'une personne ayant primitivement créé le type du genre, ce II existe à Rome, » dit un poète qui écrivait sous Tibère, ce un peuple d'Ardélions, toujours prêt à courir partout, toujours affairé dans son oisiveté, se mettant hors d'haleine pour une bagatelle , s'occupant de tout et n'aboutissant jamais à rien, se donnant beaucoup de mal et ne réussissant qu'à importuner tout le monde au plus haut degré. » Sénèque' compare ces oisifs à mille affaires qui se démenaient dans les maisons, dans les théâtres et sur les places pubHques, à des fourmis parcourant, sans dessein ni but, un arbre dans toute sa hauteur, de la racine au faîte et du faîte à la racine. Ce sont les gens dont la vie est l'inaction perpétuelle sans repos, qui n'ont jamais rien à faire, mais ont toujours l'air de personnes affairées ; les gens que le jour qui se lève pousse hors de leur maison , sans but déterminé*, et qui ne sortent que pour grossir la foule. Si, les arrêtant à leur porte , vous leur demandez : ce Où allez-vous? quels sont vos projets? » ils vous répondront : « Le fait est que je n'en sais rien; mais je veux faire quelques visites , entreprendre quelque chose. » On se sent de la pitié pour eux, en les voyant courir comme s'il s'agissait d'éteindre le feu d'un incendie, tant ils heurtent les passants, se précipitent à corps perdu dans la rue et bousculent tout le monde. Et pourquoi donc courent-ils? pour faire une visite qui n'est jamais rendue, pour se joindre au convoi funèbre d'un inconnu, pour assister aux débats judiciaires du procès de quelque plaideiu' enragé , ou aux fiançailles d'une femme qui se remarie souvent. Quand, après avoir parcouru toute la ville pour les motifs les plus

1 De tranq. an., 12.

futiles, ils finissent par regagner leurs pénates, ils vous jurent qu'ils ne se rappellent plus du tout pourquoi ils étaient sortis, ni même où ils ont été; ce qui ne les empêche pas de recommencer le lendemain , de plus belle , leurs courses vagabondes. 11 y avait même des vieillards qui, n'épargnant le seuil d'aucune porte, se traînaient chaque matin de rue en rue, tout haletants, le corps en nage et le visage humide des baisers de toute la ville de Rome ^ ; des vieillards à cheveux blancs, ayant passé la soixantaine, qui, battant tous les jours le pavé de tous les quartiers de la capitale, faisaient à chaque dame leur salutation du matin, se présentaient à l'entrée en charge de chaque tribun ou consul, remontaient dix fois par jour la rue conduisant au palais, et avaient constamment à la bouche les noms des courtisans le plus en crédit. Passe encore, ainsi conclut Martial, pour un jeune homme de faire ce métier; mais il n'est assurément rien de plus hideux qu'un vieil Ardélion^.

Plus d'un siècle après, Galien décrit ainsi l'emploi que les gens de Rome faisaient habituellement, comme il Tassure, de leur journée. « De grand matin, dit-il, chacun fait des visites, puis une foule de monde se porte au Forum pour y assister aux débats judiciaires, une foule plus grande encore aux spectacles des conducteurs de chars et des pantomimes ; bon nombre aussi passent leur temps en amourettes, aux dés, dans les bains, à boire, ou en s'adonnant à d'autres jouissances matérielles, jusqu'à ce que le soir tout le monde se retrouve dans les festins , où les

< Martial, VIII, 44.

2 Ibid., IV, 78. — Turpis ille qui vivendo lassus citius quam laborando inter ipsa officia conlapsus est, dit Sénèque, De brevïtate vitœ, 20, 2.

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