‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 170 sur 266 · LIVRE IV. — LE COMMERCE DE SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — LE COMMERCE DE SOCIÉTÉ

mettre en règle envers l'Élat. Le temps des guerres civiles avait complètement sapé et perdu les mœurs, avec la destruction des liens sociaux , déjà bien relâchés, et la restauration tentée par Auguste dut se borner à la surface, toutes ses mesures n'étant dirigées que contre les symptômes extérieurs d'un mal dont il ne pouvait se flatter d'extirper les racines. Vainement il s'était efforcé d'encourager et de favoriser le mariage, par des récompenses et des distinctions accordées aux gens mariés et aux pères et mères de famille, ainsi que par des peines édictées contre les célibataires et les gens mariés dépourvus d'enfants; car aucun avantage n'égalait à leurs yeux celui de pouvoir librement disposer de leur héritage \ et leur condition, passant depuis longtemps pour la plus douce et la plus exem[)te de soucis, n'en était que plus enviée et plus prisée. Aussi , au temps d'Auguste déjà, la captation d'héritages était-elle devenue un art, systématiquement pratiqué d'après certaines règles^, ayant ses expressions techniques , et dans lequel on distinguait entre les praticiens consommés et les novices. Déjà à cette époque la satire avait fait un de ses thèmes favoris des relations entre les captateurs de testaments et les riches sans héritiers naturels. Dans une des pièces de vers les plus spirituelles d'Horace, Ulysse, demandant à l'ombre de Tirésias comment 11 pourrait le mieux rétablir sa fortune, compromise par les prodigalités des prétendants à la main de Pénélope , reçoit de lui le conseil de s'appliquer à la captation d'héritages, avec les instructions nécessaires. Or, celles-ci

1 Tacite, Annales, III, 25 : Nec ideo conjugia et educationes liberum frequenlabantur, prœvalida orbitate.

2 Voir Sénèque {De beneficiis, VJ, 38, 3), où il dit : Arrunlium et Haterium et ceteros, qui captandorum testamentorum artem professi sunt.

comprennent déjà presque tout ce que Ton trouve aussi dans les rapports des écrivains postérieurs , sur l'usage des artifices par lesquels les chasseurs d'héritages cherchaient à s'assurer leur proie difficile à saisir, tout en évitant de se compromettre, comme au sujet de la manière dont les riches, de leur côté, s'appliquaient à nourrir des espérances qu'ils n'entendaient jamais réaliser, afin de tirer de cette position, pour eux-mêmes, le plus d'avantage possible. Il n'était presque rien qu'ils ne fussent en mesure d'attendre ou même d'exiger de leurs flatteurs, depuis les petites attentions jusqu'aux services les plus marqués, imposant de véritables sacrifices. On les comblait de présents', on leur envoyait des friandises de toute espèce, les plus beaux fruits, de la pâtisserie, du poisson, du gibier, du vin vieux \ Les chasseurs d'héritages arrivaient à dépenser ainsi des sommes considérables, souvent en pure perte, ce qui autorisait parfaitement Martial"^ à cette raillerie :

Nil tibi legavit Fabius, Bilhynice, cui tu Aniiua, si memini, millia sena debas.

La santé des riches formait l'objet de la plus tendre sollicitude \ Tombaient-ils malades, on leur prodiguait les soins les plus attentifs^ Pour eux force prières et sacrifices étaient adressés aux dieux ^ les murs des temples se cou-

1 Martial, IV, 56.

2 Horace, Satires, II, 5, 12; Épitres, I, 1, 78. — Ovide, Art d'aimer, II, 271. — Martial, V, 39; VI, 27, 9; IX, 48. — Juvénal, IV, 18; VI, 38-40 et 97.

* Horace, Satires, II, 5, 93.

5 OyidiQ, Art d'aimer, II, 319, etc. — Épictète, Dissert. IV, 1. 148.

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