‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 171 sur 266 · LIVRE IV. — LE COMMERCE DE SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — LE COMMERCE DE SOCIÉTÉ

vraient d'ex-voto, on interrogeait les devins; on allait jusqu'à promettre de sacrifier, pour le cas de leur rétablissement, des éléphants et des hommes ^ La maison d'un ami leur plaisait-elle, il y offrait le logement gratis 2. Un incendie venait-il les frapper, leur perte était aussitôt plus que couverte par des souscriptions volontaires ^. Avaient-ils un procès, on accourait à l'envi pour les défendre "*, et il fallait que leur affaire fût bien 'désespérée pour qu'ils n'eussent pas gain de cause^. Faisaient-ils des vers, les produits de leur muse étaient hautement admirés^; on se pressait à l'auditoire pour écouter leurs lectures ^ ; on allait au-devant de toutes leurs fantaisies et on avait , pour leurs faiblesses, les ménagements les plus délicats^. Les femmes prêtaient volontiers l'oreille à leurs propositions ^ Leur atrium se remplissait chaque matin d'un essaim de visiteurs de qualité. Martial, dans un de ses vers*^, mentionne, parmi les services que le patron exige de ces clients, aussi l'obligation de l'accompagner tous les jours chez une dizaine de vieilles femmes. On voit de grand matin, dit Juvénal'^ tel préteur presser le hcteur, qui marche devant lui, de doubler le pas. Pourquoi cette hâte? c'est qu'il craint

1 Martial, XII, 90. — Pline, Lettres, II, 20. — Juvénal, XII, 98, etc.

2 Martial, XI, 83.

3 Juvénal, III, 221.

* Horace, Satires, II, 5, 27, etc.

^ Tacite, Annales, XIII, 52 : Silvanum magna vis accusatorum circumsteterat, reus illico defendi postulabat, valuitque pecuniosa orbitate £t senecta, quam ultra vitam eorum produxit quorum ambitu evaserat.

6 Horace, Satires, II, 5, 74.

7 Suidas, art. CornM^w5, peut-être d'après Élien.

8 Martial, XII, 40.

9 Horace, Satires, II. 5, 75. — Pétrone, Satyr., c. 140.

11 m, 128, etc.

d'être devancé par un collègue chez dame Modia ou Albine. Mais, s'il n'était déjà pas facile de primer tant de rivaux et de satisfaire à tous les caprices d'un riche gâté , il était plus difficile encore de colorer cette infatigable obséquiosité de l'apparence d'une amitié désintéressée. On se montrait plein de sollicitude pour tout ce qui pouvait prolonger ses jours; on souhaitait des héritiers du sang à celui qui n'avait pas d*enfants^; on testait en sa faveur, naturellement dans la supposition de la réciprocité. Les dispositions, ainsi prises avec une arrière-pensée de captation, paraissent avoir été fréquentes, puisqu'on crut devoir multiplier les articles de loi qui les infirment^.

Assez généralement, d'ailleurs, les captateurs d'héritages se soumettaient à cette honteuse et dégradante servitude avec des chances de succès très-incertaines; car ceux dont ils espéraient hériter non-seulement leur survivaient souvent, mais les jouaient peut-être plus souvent encore, ne visant, eux, qu'à exploiter le dévouement d'amis si désintéressés, sans les dédommager autrement de leurs sacrifices qu'en les leurrant toujours de la perspective de leur testament^. Pour amener la générosité de leurs excellents amis à des efforts suprêmes, il ne leur coûtait pas de tester peutêtre trente fois dans l'année'*. Ils feignaient des maladies et des infirmités'^; ils affectaient de tousser^. Pline' ra-

1 Martial, XI, 55.

- Digeste, XXX, 64. — Gaius, au livre xv (ad edictum provinciale) dit : Captatoriœ scripturee simili modo neque in hereditatibus, neque in legatis valeant. — Voir aussi Lucien, Dialogues des MoHs, 8.

3 Martial, XI, 67; XII, 73.

^ Ihid., V, 39.

" Sénèque, De brev. vit., 7, 3.

6 Martial, II, 26.

7 Hist. nat., XX, 160,

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