‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 173 sur 266 · LIVRE IV. — LE COMMERCE DE SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — LE COMMERCE DE SOCIÉTÉ

une mère qui avait perdu son fils unique de la plus belle espérance, lui parler ainsi : « Pour vous appliquer une consolation qui peut sembler très- difficile à admettre, mais n'en est pas moins une dans ce cas, sachez que la privation d'enfants donne, dans notre ville, plus d'influence qu'elle n'en retire, et que l'isolement qui résulte de leur perte conduit la vieillesse, qu'il semblait priver de ses appuis naturels , si sûrement au pouvoir, que bien des pères, feignant de l'inimitié contre leurs fils ou reniant leurs enfants, se mettent artificiellement dans la position des gens sans postérité ^ » Pline l'Ancien aussi appelle la captation d'héritage la plus profitable de toutes les industries, outre que la condition des gens sans postérité était honorée et considérée au plus haut point-. Tacite dit que cette condition avait le privilège de procurer la jouissance d'un pouvoir égal dans les bons comme dans les mauvais jours 3, et il ne manque pas d'invoquer la circonstance qu'elle ne donnait pas d'avantages en Germanie, comme une preuve de la pureté de mœurs des peuples de cette contrée^'. Phne le Jeune, voulant faire concevoir la plus haute idée des vertus civiques d',un de ses amis, rapporte que son mariage a été largement béni d'enfants et l'a, de plus, rendu grand-père, à une époque où les avantages de la privation de postérité, ajoute-t-il, font le plus souvent déjà considérer même un fils unique comme une charge par son père'^. Les gens sans postérité étaient invités par les riches, flattés par les grands, gratuitement assistés par les orateurs

1 Sénèque, A Marcie, 19, 2.

2 Hist. nai., XIV, 5.

3 Annales, I, 73.

* De moribus German., c. xx.

5 Lettres A\, 15.

du barreau; un enfant venait-il à leur naître, ils perdaient du coup amis et influence ^ Sous Marc-Aurèle encore, la captation d'héritage formait, dans le tableau de la situation morale de Rome, une des ombres qui frappaient le plus les yeux de Tétranger-, et il n'est guère probable qu'il y ait eu du changement, à cet égard, dans la période suivante et les derniers temps de l'empire^.

Nous avons cru nécessaire de nous arrêter si longtemps à cet objet, non-seulement parce qu'une anomalie aussi choquante et qui avait tant frappé l'esprit des contemporains ne pouvait être omise dans un tableau des mœurs de l'époque, mais aussi parce qu'elle montre le revers de la médaille de ces parades de courtoisie si bien réglées, ce que ces formes valaient au fond, avec les convoitises et les fins honteuses qu'elles servaient.

L'usage de se réunir pour la récréation et même pour le traitement des affaires sérieuses, dans des lieux pubhcs tels que ce qu'on appelait des stations ', sur les places et les course aux thermes, dans les temples S les bibhothèques^ et les boutiques des libraires^, rendez-vous des personnes

^ Plutarque, De amore prolis, c. iv. — Stace {Silves, IV, 7, 33) a cependant fait ressortir le malheur du manque de postérité. — Voir aussi Épictète, Biss. IV, 1, 148.

2 Lucien, Nigrin, 17. —Voir aussi Adv. indoctos, 19, et, sur les progrès de la même pratique en Grèce, Dialogues des Morts, 5-9.

3 Ammien, XIV, 6, 22; XVIII, 4, 22.

4 Pline le Jeune, Lettres, I, 13, 2; II, 9, 5. — Juvénal, XI, 4.

5 Martial, VII, 27, 11, dit :

Te convivia, te forum sonabit iEdes, compila, porticus, tabernœ,

6 Pline le Jeune, Lettres, V, 1. — Le porticus Quirini dont parle Martial (XL 1) n'est autre que celui du temple de Quirinus.

7 Martial, XIL proœmium.

8 Aulu-Gelle. V, 4, 1; XIII, 31, 1; XVIII, 4, 1.

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