‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 174 sur 266 · LIVRE IV. — LE COMMERCE DE SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — LE COMMERCE DE SOCIÉTÉ

lettrées, ou dans celles des barbiers et des débitants de drogues ^ comme les gens du commun, donnait à ce commerce de société un air de ressemblance avec la sociabilité italienne du temps moderne. Seulement la pratique de cet usage était encore bien plus large dans l'ancienne Rome, tant à cause de la manière de vivre des anciens, qu'en raison de la multiplicité et de la grandeur de leurs établissements publics, dont l'accès n'était refusé à personne. Sur la pelouse du Champ-de-Mars, une multitude innombrable se livrait constamment à tous les exercices du corps; on y allait à cheval et en voiture, on s'y exerçait aux jeux du ballon et du cercle, au maniement des armes et à la lutte; on se livrait à la natation dans les eaux jaunes du Tibre, qui le bordait, et les applaudissements des spectateurs formaient la récompense de la vigueur et de l'agilité déployées dans ces exercices^. Aux heures plus avancées de la journée, on se retrouvait dans les promenades publiques entre des haies de buis, sous les ombrages des allées de lauriers et de platanes, ou dans les portiques, richement décorés de statues, d'images et de lapis somptueux. Les affaires de la journée terminées enfin, avant que l'on ne se mît à table pour le repas principal, l'usage des bains quotidiens réunissait des milliers d'hommes dans les salles et les galeries des thermes, larges, élevées et resplendissantes d'une magnificence royale. MartiaP décrit ainsi la vie d'un homme de loisir :

1 s. Jérôme [Lettres, 50, 5) encore parle de l'habitude de « garrire per angulos et medicorum tabernas. »

2 Strâbon, V, p. 236. — Horace. Odes, L 8, 3; 12, 8; Art poétique, 379. — Ovide, Art d'aimer, 111, 383; Ode sur Pison, 165, etc.

Sed gestalio, fabulse, libelli,

Campus, porticus, umbra, virgo, thermœ

Haec essent loca semper. hi labores.

Il va sans dire que les spectacles aussi servaient de rendez-vous pour la causerie.

11 n'est jamais fait mention d'invitations à des soirées indépendantes des festins, et comme ceux-ci, remplissant entièrement les heures de loisir du jour tombant et du soir, se prolongeaient jusque dans la nuit, il ne peut y avoir eu de ces réunions qu'exceptionnellement. On appelait cercle {circulus) toute réunion de personnes se tenant debout, ou assises en rond, pour causer entre elles. Quand le principal interlocuteur se plaçait au milieu du cercle , celui-ci prenait le nom de coronaK Dans les festins il était d'usage d'offrir aux invités un choix aussi riche que possible de divertissements et de récréations, qui devaient naturellement varier beaucoup suivant le goût, les fantaisies et l'éducation de l'amphitryon. Pétrone n'a certainement pas beaucoup exagéré dans sa description des réjouissances grossières dont de riches affranchis régalaient leurs hôtes, des incongruités et des ridicules qui faisaient de leurs

^ Quinlilien, XII, 10, 74. — Apulée, Métamorphoses, II, p. 120. — Mentionnons encore les qualifications suivantes des divers genres de réunions : Juvénal, XI, 4, dit : Convictus, thermse, stationes, omne thealrum; Martial, VII, 97 : Convivia, forum, œdes, compita, etc.; Caton, dans Quintilien, VI, 3, 105 : Qui in sermonibus, circulis, conviviis, item in concionibus ridicule commodeque dicet; Tite-Live, XLIV, 22 : In omnibus circulis atque etiam (si diis placet) conviviis sunt, qui exercitus in Macedoniam ducant; Cicéron, pro Balbo, c. xxvi : More hominum invident, in conviviis rodunt, in circulis vellicant; le même, ad Aiticum, II, 18, 1 : Sermo in circulis duntaxat et conviviis est liberior quam fuit.

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