LIVRE IV. — LE COMMERCE DE SOCIÉTÉ
fêtes un thème de moquerie pour la société de meilleur ton. 11 est vrai que la scène de son banquet de Trimalcion n'est pas à Rome; mais il est dans la nature des choses qu'elles devaient s*y passer sembiablement chez le. môme monde. D'autre part Plutarque^ a spécifié, parmi les divertissements d'usage, ceux qu'il croit devoir recommander le plus pour amuser des hôtes d'un esprit cultivé et d'un goût épuré. La conversation dont il parle a lieu à Chéronée, mais tout, même abstraction faite de la dédicace à Sossius Sénécion , est de nature à faire supposer qu'il s'agissait, là aussi, d'une mode romaine^ ou du moins commune à Rome et à la Grèce. Il y mentionne aussi des passe-temps d'un genre plus extraordinaire, comme la représentation dramatique de dialogues de Platon, mode encore peu répandue, qui venait seulement de prendre naissance à Rome, et ce qu'il appelle, sans autre explication, tov (^wSioyXucpwv àycova, espèce de défi entre artistes, sans doute, s'appliquant en société à pétrir d'une pâte molle des figures plastiques^, sous les yeux de la compagnie. Peut'-être les représentations des Homéristes chez Trimalcion, dans Pétrone, n'étaient- elles rien d'extraordinaire. On faisait aussi la lecture de poésies épiques, même à table, par imitation de l'exemple des grands, qui se plaisaient quelquefois à faire chanter, devant leurs convives, des vers des poëtes anciens, mais surtout d'Homère; quelquefois aussi le maître de la maison lisait des vers ou de la prose de sa propre composition^. A ces divertissements d'autres, parlant davantage aux sens, venaient se joindre. Dans les orgies du temps, de belles Andalouses exécutaient
^ Quxst. conviv.j Vil , 8, 4.
2 Becker, Gallus, III, 203, etc.
leurs danses fameuses au son de la flûte et avec l'accompagnement de castagnettes, au milieu d'un chœur de chansons obscènes ; des baladins et des bouffons débitaient leurs mots grivois, et des mimes jouaient des scènes à faire rougir jusqu'aux esclaves d'un maître tenant au respect de sa maison ^
Dans les maisons de bon ton on faisait paraître des pantomimes et jouer des scènes de comédies et de tragédies, de la nouvelle comédie attique surtout. En général, on peut dire qu'avec les lectures les divertissements les plus fréquents étaient ceux que procurait la musique vocale, chorale ou instrumentale. On abusait des chœurs et des airs chantés, delà lyre et de la flûte, souvent jusqu'à mettre aux abois les convives. Aussi Martial^ trouvait-il que le meilleur repas. était un repas sans musique :
Quod optimum sit, quœritis, convivium?
In quo choraules non erit.
C'est que les dîners même les plus simples et les plus modestes se passaient rarement sans le hors-d'œuvre de quelque musique, déclamation ou lecture ^
1 Athénée, XI, p. 464 E ; XIV, 613 D. — Voir aussi Sénèque [ad Seren., 11, 3), où on lit : Eadem causa est cur nos mancipiorum nostrorum urbanitas in dominos contumeliosa delectet, quorum audacia ita demum sibi in convivas jus facit, si cœpit a domino. — Pueros quidam in hoc mercantur procaces et illorum impudentiam acuunt ac sub magistro habent, qui probra meditate effundunt, nec bas contumelias vocamus sed argutias.
3 Pline le Jeune, Lettres^ I, 15, écrit à un ami, qui aurait pu dîner chez lui sans cérémonie : Audisses comœdum, vel lectorem, vel lyristen, vel (quœ mea liberalilas) oranes. At tu apud nescio quem ostrea, vulvas, echinos, Gaditanas maluisti. — Voyez aussi Ihid., IX, 17 et 40, ainsi que Martial, V. 78.