‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 177 sur 266 · LIVRE IV. — LE COMMERCE DE SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — LE COMMERCE DE SOCIÉTÉ

le roi des Parthes, et nullement embarrassées de faire des contes sans fin sur toutes les inondations et tous les tremblements de terre survenus dans l'extrême Orienta

Si les propos concernant de pareils sujets n'étaient pas défendus, il fallait par contre la plus grande circonspection dans la tentative de toute conversation ayant quelque peu trait à la politique intérieure; ou extérieure du gouvernement, sous ce régime de compression du despotisme le plus absolu, dans le voisinage immédiat de la cour impériale. Martial, dans une autre pièce de vers 2, où il parle d'une réunion de six amis, conviés à im repas frugal, exprime le désir qu'on n'apporte pas à cette fête une franchise dont on pourrait se repentir le lendemain. « Que mes invités, dit-il, s'entretiennent des bleus et des verts du cirque; car je ne veux pas que nos libations fassent traduire personne sur le banc des accusés. :» Ce morceau se trouve dans un livre de poésies dont la publication n'est pas antérieure au règne de Nerva, ce qui prouve que la contrainte ne disparut pas. entièrement des rapports de société, même sous les règnes des meilleurs princes. « Le bonheur de penser librement et de pouvoir dire sans crainte ce que l'on pense, » suivant l'expression de Tacite^, n'a jamais pu se réaliser complètement dans la capitale de l'empire.

On peut, d'après cela, se faire une idée du cauchemar qui devait oppresser Rome à ces époques néfastes du terrorisme impérial, où l'on ne se contentait pas de faire d'un mot, lâché sans mauvaise pensée, dans l'intimité du tête-à-tête, ou dans un moment d'expansive hilarité sous l'influence du vin, l'objet. d'une délation contre l'é-

1 Juvénal, VI, 102, etc.

•; uist. 1,1.

tourdi auquel il était écliappé, comme du temps de Tibère, par exemples alors qu'on ne reculait devant aucune ruse pour faire jaser ceux dont on avait résolu la perte, et leur faire ensuite payer de la vie un moment d'imprudente confiance. L'espionnage et la mouchardise coupaient court à toutes les conversations, empêchaient en quelque sorte partout de parler et d'écouter. « Nous eussions, » dit Tacite-, (c perdu avec l'usage de la parole jusqu'à la mémoire, s'il avait dépendu de nous d'oublier aussi bien que de nous taire. » Or, dans son compte rendu des procès de lèse-majesté, qui serpentent comme un fil rouge à travers l'histoire de ce temps, le grand historien n'a flétri que ces délateurs haut placés, sur lesquels étaient fixés les regards du monde contemporain , et qui exerçaient leur infâme métier dans l'espoir de hautes faveurs, d'avancement ou d'autres avantages; il a dédaigné de caractériser l'action non moins funeste des espions et mouchards soudoyés, se glissant à l'ombre et furetant partout. Nous n'avons que des indices fortuits du développement qu'avait pris l'organisation de cette police secrète, peut-être copiée sur celle des rois de Perse, comme tant d'autres institutions de l'empire romain. D'après Dion Cassius^, Mécène avait cru devoir donner à Auguste l'avis que, s'il y avait nécessité absolue d'entretenir des espions et des mouchards dans tout Tempire , pour être informé de ce qui y avait besoin de réglementation ou de réforme, il devait se garder cependant de trop se fier aux rapports de ces gens, dont les délations étaient souvent dénuées de tout fondement et inspirées par les mobiles les plus odieux. Le

1 Sénèque, De heneficiis, III, 26 : Sub Tiberio Cœsare excipiebatur ebriorum sermo, simplicitas jocantium.

2 Vie d'Agricola, chap. ii.

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