LIVRE IV. — LE COMWEF\CE DE SOCIÉTÉ
même historien a mis dans la bouche de Livie des avertissements semblables'. Les espions, aux termes de ce passage, dénoncent souvent des innocents par haine, ou soudoyés par des ennemis de leurs victimes, ou pour se venger du refus de celles-ci de leur donner de l'argent; et ils incriminent les gens non-seulement pour le mal fait ou l'intention d'en faire, mais pour une simple parole, voire même pour avoir gardé le silence, ri ou pleuré, comme témoins d'un mot risqué. Claude s'était fait adresser par ses mouchards, pour les semonces que son office de censeur l'autorisait à faire, des rapports détaillés sur les affaires privées et de famille de nombre de personnes, toutes probablement membres des deux premiers ordres. Il était, du reste, très-mal informé par ces agents^. Dans la guerre civile, après la mort de Néron, l'empereur Othon, qui avait donné le commandement de la flotte à son affranchi Moschus, le chargea aussi d'observer de près la conduite des classes supérieures ^ Cette haute police de l'État avait d'innombrables ramifications aux degrés inférieurs, jusque dans les rangs de l'armée. « C'est en se laissant aller trop promptement à la confiance, » dit Épictète"*^ « qu'à Rome des imprudents tombent dans les pièges des soldats. Un militaire en habit civil s'assied à côté de vous et commence à parler mal de l'em-