‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 181 sur 266 · LIVRE IV. — LE COMMERCE DE SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — LE COMMERCE DE SOCIÉTÉ

nêtres, boucher toutes les fentes et éteindre la lumière, éloigner tout le monde de sa chambre à coucher, le plus proche cabaretier n'en saura pas moins le lendemain, dès avant Taube, ce qu'aura fait son riche voisin, au deuxième chant du coq. »

Il ne pouvait manquer ainsi que la connaissance des faits de toute espèce concernant des personnes ne se répandît promptement dans les cercles de leur entourage et ne fournît constamment à ses entreliens des matières nouvelles, qu'il saisissait avidement. A côté de la mauvaise habitude des cancans^ l'amour du scandale et la calomnie étaient à l'œuvre. Déjà Cicéron^ avait dit qu'il était difficile d'échapper aux mauvaises langues, dans une ville aussi médisante, et saint Jérôme- crut devoir répéter ses paroles près de cinq siècles plus tard. C'étaient naturellement les rapports entre personnes des deux sexes, de quelque nature qu'ils fussent, qui prêtaient le plus à la médisance; elle était, dit Properce ^ pour les belles comme une espèce de châtiment, auquel les exposait fatalement leur beauté et contre lequel il proteste par ces vers :

Sed lu non debes inimicee credere linguee. Semper formosis fabula pœna fuit.

Aussi, les autres poètes du temps ne tarissent-ils pas plus que lui en doléances sur l'acharnement avec lequel elle

1 Pro Cœl, 16, 38.

2 Lettres, 127, 3 : Difficile est in maledica civitate et in urbe in qua orbis quondam populus fuit palmaque vitiorum (vitiosorum ?) si honestis delraherent puraque ac munda macularent, non aliquam sinistr^ rumoris fabulam contrahere. — Voir aussi Ibid., 43, 2, ce passage : Deinceps itur in verba, sermo teritur, lacerantur absentes, vila aliéna describitur et mordentes invicem consumimur invicem.

poursuit les amoureux. Dans toutes les rues, sur toutes les places, on entendait conter leur histoire; à toutes les tables joyeuses, elle défrayait la gaieté des convives :

Nequitiam vinosa tuara convivia narrant : Narrant in multas compita secta vias^.

Dans son épithalame sur le mariage de Stella avec Violantilla, Stace- dit : « La ville a donc enfin de ses yeux vu ces embrassements dont elle parlait depuis si longtemps. » Les femmes surtout mettaient une ardeur particulière à s'enquérir des moindres détails d'une aventure galante^. Mais les cancans de la ville ne se bornaient naturellement pas à ce qui est du domaine des amours. Un homme riche venait-il à mourir soudain, sans avoir fait de testament^, une personne sans fortune donnait-elle un grand festin , on ne faisait qu'en jasera tous les dîners, aux thermes, aux stations, aux théâtres -^ Ou bien on s'entretenait de palais et de maisons de campagne, on critiquait la danse d'un célèbre pantomime^ Les spectacles, avant tout, fournissaient une matière inépuisable à la conversation. On connaît généralement les efforts des empereurs pour amuser le peuple par les spectacles, et, quelque gigantesques qu'en fussent les apprêts, ils eurent un succès plus colossal encore. La

1 Ovide, AmourSj III, 1, 17. — Voir aussi Horace, Épodes, II, 8, et Properce, II, 20, 21, etc.; III. 20. 28; 25, 1.

2 Silves, I, 2, 27-31.

3 Juvénal, YI. 403, etc.

^ Le même, I, 145, etc.

^ Juvénal, XI, 1-5. — Pline le Jeune [Lettres, VIII, 18), après avoir rapporté tout ce qui se disait en ville de la mort et du testament de Domitius Tullus, termine par ces mots : Habes omnes fabulas urbis.

^ Horace, Satires, II, 6, 70.

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