‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 182 sur 266 · LIVRE IV. — LE COMMERCE DE SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — LE COMMERCE DE SOCIÉTÉ

passion pour la scène, l'arène et le cirque, ressemblait à une épidémie, qui gagnait également les classes supérieures. « La passion pour les gladiateurs et les chevaux de course, » dit Tacite dans son Dialogue sur les orateurs (chap. xxix), composé vers la fm du premier siècle, « s'était tellement emparée des esprits qu'elle n'y laissait guère de place pour une culture plus noble. » Ce sujet, avec les remarques sur le temps ^, défrayait habituellement la conversation, même entre gens du meilleur monde, quand elle venait à languir-. Épictète^ recommande de parler peu et sans billevesées ; de ne point causer des jeux de gladiateurs, des courses de chars et des combats d'athlètes, ni de la bonne chère, fonds banal de toutes les conversations; d'éviter surtout de jaser sur le compte des personnes, tant pour les louer ou les blâmer que dans le but de faire des comparaisons entre elles. C'est indiquer les principaux heux communs de la conversation vulgaire; et Martial, dans son portrait connu du petit-maître romain de l'époque, touche au même sujet, quand il dit : « Vous êtes un homme charmant, Cotile, au dire de bien des gens; mais qu'est-ce qu'un homme charmant? Cn homme qui a les boucles de sa chevelure arrangées avec art, qui exhale toujours le parfum de l'huile de cannelle et d'autres essences, qui fredonne les mélodies des danses alexandrines et espagnoles, qui meut ses bras satinés en cadence comme

1 Sénèque, Lettres, 23, 1, écrit : Pulas me tibi scripturum, quam humane nobiscum hiems egerit, quœ et remissa fuit et brevis, quam malignum ver sit, quam prœposterum frigus, et alias ineptias verba quaerentium? — Ibid., 67, 1 : Ut a communibus initium faciam, ver aperire se cœpit, etc. — Voir aussi Juvénal, IV, 88, etc.

2 Horace, Satires, II, 6, 44; Épîtres, I, 18, 19.

3 Manuel, 33, 2; Dissert. III, 16, 4.

un danseur, qui passe sa journée entre les chaises des dames et a toujours un mot à glisser dans Toreille d'une de ses voisines, qui écrit des billets doux et lit ceux d'autrui, qui se garde bien de jamais toucher le coude de son voisin; enfin, qui connaît infaiUiblement la jeune fille objet de votre flamme, court de festin à festin et sait par cœur la généalogie du plus noble coursier du cirque. Que ditesvous? Voilà donc, Cotile, ce que c'est qu'un homme charmant? S'il en est ainsi, Colile, je conviens qu'il n'est pas aisé de mériter ce titrée »

Dans les festins, un des premiers devoirs de l'amphitryon était de fournir à ses convives l'occasion de parler sur des sujets qui leur fussent non-seulement familiers, mais agréables. Plutarque- s'est longuement étendu sur cet art de diriger la conversation par des questions adroitement posées, qu'il désigne comme un élément capital du savoir-vivre. Il donne de nombreux exemples de ces questions d'à-propos concernant des fonctions glorieusement remplies, une audience accordée par l'empereur, les progrès de fils occupés à faire leurs études, les choses agréables arrivées à des amis ou, ce qui est plus politique encore, les humiliations et les défaites essuyées par les ennemis de l'interlocuteur auquel on s'adresse. Les personnes les plus possédées de la manie de raconter leurs aventures étaient, dans son opinion, celles qui avaient fait de longs voyages maritimes dans des pays lointains et peu connus. Épictète, de son côté, mentionne les histoires interminables du militaire enchanté de vous parler à tout propos de ses exploits en Mœsie, et revenant sans cesse à

1 Martial, III, 63.

2 Qu. conviv.jU, 1, 1, 2.

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