LIVRE IV. — LE COMMERCE DE SOCIÉTÉ
goût\ auxquelles des dames aussi prenaient un si vif intérêt-.
En général, il ne faut pas juger de la mode d'offrir aux convives, dans les festins, des jouissances intellectuelles, mais surtout artistiques, d'après l'exagération qu'on y mettait et l'abus qui s'en faisait. Cette mode est plutôt une preuve de plus que la société de l'époque s'entendait , comme nulle autre, au raffinement des jouissances. Le désir de donner à la conversation de table une valeur intellectuelle et un intérêt supérieur était d'ailleurs évidemment très-répandu, puisque même les Trimalcions s'y appliquaient par inclination, à leur manière. Des conversations sur des sujets du domaine de la science , de la littérature et de l'art, en temps et lieu, devaient former le dessert le plus agréable pour une société de gens instruits et de goùt^, et même des hommes communs et sans culture, dit Plutarque, éprouvaient le besoin d'une distraction intellectuelle, après le repas, et y satisfaisaient en proposant et s'appliquant à deviner des énigmes ou à résoudre d'autres problèmes de l'espèce''. Il est vrai que, souvent aussi , des philosophes et des savants, des grammairiens surtout, ne pouvaient résister à la tentation de s'engager dans des dissertations et des discussions à perte de vue sur des questions difficiles et abstraites^ au grand déplaisir des autres convives, incapables de les suivre sur ce terrain ^ Il y avait aussi des gens étudiant des traités et- suivant des
1 Perse, I, 30-40, obs. de Jahn, p. 85, etc. - Juvénal, VI, 433, etc.
'■'' Plutarque, De sanit. prœc, 20, p. 133 E. i Le même, Qw. conviv., V, préface, 5.
■' Ihid., I, 1, 5, 4. — Lucilius, Epigr.j 28^ etc. — Jacobs, Anthologie, II. p. 35.
cours de philosophie, dans le seul hut d'exciter l'admiration du sénateur qu'une bonne fortune pouvait leur donner pour voisin à table \ ou d'émerveiller les convives par l'énumération de tous les auteurs ayant écrit sur une forme de conclusion 2. Bien qu'on se moquât beaucoup du ridicule de pareilles manies, elles ne devaient pas paraître alors aussi déplacées qu'elles le seraient aujourd'hui ; car, à cette époque, comme en général dans l'antiquité, l'instruction et la culture intellectuelle se poursuivaient et s'acquéraient bien plus directement que de nos jours dans les rapports familiers du commerce de société, par la communication et l'échange des idées et des résultats de la conversation. En outre, ce genre d'apphcation studieuse surtout portait alors à multiplier les occasions de ces banquets de philosophes et de savants , qui étaient effectivement ce qu'ils avaient la prétention d'être, une sorte de réunions académiques^; mais, n'ayant à parler ici que du commerce de société proprement dit, dans les cercles des gens du monde, nous ne pourrions nous étendre davantage sur les réunions qui offraient un caractère particulier, sans sortir des limites de notre sujet.
* Il nous reste à faire quelques observations sur une des formes du langage de courtoisie dont il a déjà été fait mention au livre précédent. La générahté de l'usage du tutoiement est, comme on sait, particulière au latin, qu'elle distingue de toutes les langues modernes. Cependant un des termes de courtoisie dont on se sert aujourd'hui le plus dans la conversation, est d'origine romaine.
'- Épictète, Diss. I, 26, 9.
2 Ibid., II, 19, 8.
='' Voir Lehrs, De Aristarchi stud. Homer., \>. 213-211».