LIVRE IV. — LE COMMERCE DE SOCIÉTÉ
•Nous voulons parler du mot dominus, au vocatif domine, seigneur, maître (xupio; en grec), auquel répondent plus ou moins, à divers degrés, les mots sire, monsieur en français^ sîgnor en italien, senor et don en espagnol, sir, mister, en anglais, herr en allemand, etc. *
Au temps de la république, l'apostrophe domine, ne sortait, selon toute probabilité, que très-rarement de la bouche d'un homme libre; on n'en faisait qu'exceptionnellement usage à cette époque. Mais sous l'empire l'emploi de cette apostrophe multiplia, sans pourtant se répandre aussi généralement que de nos jours. On y attachait plutôt, alors, le sens d'un témoignage formel de respect ou de déférence vis-à-vis de supérieurs, de politesse dans les rapports avec des inférieurs et des subalternes, ou bien de considération particulière entre égaux, membres d'une même famille et autres personnes liées d'affection.
L'usage des enfants d'appeler leur père domine, dans certaines occasions, pourrait bien avoir été très-ancien et s'être conservé comme un hommage en tout conforme au principe et à la nature de la puissance paternelle. Cependant Auguste, qui mettait le plus grand soin à écarter de sa personne l'emploi de toute parole pouvant faire soupt;onner, chez lui, la prétention de vouloir habituer les Romains à le traiter comme leur prince, poussa cette affectation jusqu'à défendre absolument, même à ses fils et à ses petits-fils, de l'appeler domine, ne fût-ce qu'en plaisantant ^ Comme preuve du fait que l'usage de cette apostrophe persista dans beaucoup de maisons, il suffirait,
1 Suétone, Octate, chap. un.
toutefois, de rappeler cette épigramme assez mordante de Martial ^ :
A servo scis te genitum, blandeque fateris, Quum dicis dominum, Sosibiane, patrem.
Mais les témoignages à l'appui ne manquent ]>as ^. Il est possible que, même dans les anciens temps ^ la femme aussi appelât son mari domine ^; mais, sur ce point, on ne trouve que peu d'exemples confirmatifs à citer. On appelait toujours domina, madame, la femme mariée à laquelle on voulait faire honneur.
La même qualification n'était pas moins usitée entre frères, entre parents et enfants, comme entre personnes de qualité intimement liées. Sénèque dit, en parlant de son frère, dominus meus Gallio; Fronton, en parlant du sien, domino fraire meo. Fronton appelle de même domine son gendre AuQdius Victorin; domine frater, un ami, Squilla Gallicanus, et mi domine fili carissime^ Arrius Antonin, jeune parent de l'empereur Antonin le Pieux. Marc Aurèle et Lucius Vérus s'écrivent entre eux dans les mêmes termes, et le premier à son maître Fronton : Hâve mi domine magister. On a retrouvé des inscriptions tumulaires où le mot dominus est appliqué même à des enfants morts très-jeunes. Ainsi par exemple : domino filio Amantio, qui vixit ann. VI, m. Il, d. XV \- filio et domino meo, vixit ann. IX, etc. -K Le christianisme ne changea rien à cette coutume. D'autre part, le païen Sym-
2 Voir Orelli, 4359, et Lelrônne, la Statue vocale, p. 244.
3 Digest., XXIV, 1, 57.
i FabreUi, Inscr. ant., p. 582, 167.
» Renier, Inscriptions de V Algérie, 583.