‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 186 sur 266 · LIVRE IV. — LE COMMERCE DE SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — LE COMMERCE DE SOCIÉTÉ

Iliaque encore, qui vécut sous Théodose, écrit à sa fille : domina filia \ Les amoureux^ enfin, se traitaient aussi réciproquement de dominus et domina (maîtresse), langage qu'Ovide prête même aux héros des temps mythologiques ^.

L'empereur Tibère ayant dit, dans un discours prononcé au sénat, qu'un bon prince devait être le serviteur de ce corps, ajouta, en s'adressant directement aux sénateurs, « et je me flatte d'avoir toujours en vous, comme par le passé, de bons, équitables et dévoués seigneurs ^ » Dans une adresse de l'armée au sénat, après la mort d*Aurélien, on lit : Bunc et inter deos referie, sancti domini '*. Claude crut devoir exagérer la condescendance, dans l'intérêt de sa popularité, au point d'interpeller de même, aux jeux de gladiateurs, les assistants qu'il voulait animer à la gaieté ^ Les artistes, en se recommandant sur la scène ou ailleurs à la faveur du public, l'appelaient aussi domini, et Néron, qui singeait les manières des joueurs de luth jusque dans les moindres détails ^, ne manquait jamais de dire, pour se le concilier dès le début,: ce Messeigneurs, veuillez bien m'écouter favorablement M »

Il était aussi d'usage, du temps de cet empereur déjà, de saluer de même, en les. rencontrant, les personnes dont on ne se rappelait pas le nom, mais envers lesquelles on tenait à faire acte de politesse ^ : ainsi même des

1 Lettres, VI, 40, 67.

-' Héroides, 13, 145; 15, 18; 118; 164; 176; Métamorphoses, IX, 465.

•5 Suétone, Tibère, chap. xxix.

'* Vie d'Aurélien, chap. xli.

■' Suétone, Claude, chap. xxi.

'• Tacite, Annales, XVI, 4.

' Dion Cassius, LXI, 20.

"^ Sénèque, Lettres, 3, i.

esclaves, comme on le voit par ce distique de Martial ^ :

Quum voco te dominum^ noli tibi, Cinna, placere; Sœpe etiam servum sic resaluto tuum.

Dans Épictète, des médecins et des devins sont souvent traités de domine par les gens qui viennent les consulter, tandis que dans Aulu-Gelle, sans doute par la raison que cet usage moderne du mot dont il s'agit rencontrait des scrupules chez les archéologues, les professeurs et les savants sont qualifiés plutôt de magister, ^nagister optime, philosophe, philosophorum amplissime, etc., quand ils ne sont pas directement interpellés par leur nom.

En général, nous le répétons, ce qui parait caractériser l'emploi du mot domine sous l'empire romain, c'est l'intention marquée de politesse qu'il implique toujours, chez les anciens, et qui le rendait moins banal que la majeure partie de ses équivalents modernes -.

'2 Ce que l'on a écrit de mieux sur cette apostrophe se trouve dans Lipsius, Excurs. ad Taciti Annales, II, 87 P^ ouvrage auquel nous renvoyons finalement ici.

Page 1