LIVRE V
LES FEMMES
Enfance et éducation des femmes. — Musique et danse. — Les jeunes filles se marient peu de temps après avoir atteint leur douzième année. — Fiançaillles et noces. — Les filles passent sans transition de la chambre d'enfants dan.s le monde réel. — Les femmes dans l'intérieur de la maison. — Procureurs.
— Position des femmes dans le monde. — Distinctions extérieures accordées aux femmes. — Impressions et perspectives nouvelles de la femme mariée, — Rapports des contemporains sur les mœurs dissolues des femmes.
— Fréquence des divorces. — Influence de l'esclavage sur la violation de la fidélité conjugale. — Autres influences corruptrices. — Spectacles. — Rapports avec les hommes au théâtre. — Influence des spectacles. — Liaisons des femmes avec des artistes. — Festins. — Les femmes dans la société des hommes. — Présence des femmes dans les lieux ouverts au public. — Usage des litières. — Extravagances. — Ambition des femmes. — Leur participation à la politique. — Femmes occupées de littérature, de philosophie et de mathématiques. — Part des femmes dans le mouvement religieux. — Cultes de l'Orient. — Adoration d'Isis. — Judaïsme. — Christianisme. — Superstitions. — Astrologie. — Magie. — Rôle de celle-ci au deuxième siècle. — Vertus des femmes. — Exemples d'héroïsme de leur part. — La première Arrie et la seconde. — Épitaphes de femmes de condition moyenne ou inférieure.
Si la peinture des mœurs et des rapports sociaux de cette époque a dû rester jusiju'ici d'autant plus défectueuse que l'on n'a eu, pour arrêter les traits de la composition, qu'une base de données fortuites, incohérentes, et ne présentant souvent les choses que sous un de leurs aspects, cette observation s'applique encore plus à ce qui concerne la vie des femmes, cette partie de notre sujet étant celle
dont il est lô plus difficile de gagner un aperçu général. Parle fait, la majeure partie des renseignements du temps sur elles, parvenus jusqu'à nous, ne se rapportent qu'aux femmes des classes supérieures.
Les jeunes Romaines ne restaient pas longtemps demoiselles; à peine sorties de l'enfance, on les fiançait et les mariait. Les vœux et les soucis des mères, des proches, des gouvernantes et des bonnes d'enfants, les superstitions multiples qui s'attachent à tous les moments critiques du développement de cet âge, toutes ces préoccuptions et manifestations d'une tendre sollicitude n'éclataient pas, dans ce temps-là, avec moins de vivacité que de nos jours. La mère adressait à la divinité ses plus ferventes prières pour que la beauté surtout, ce précieux don du ciel, fût départie à sa petite \ On attachait au cou des enfants, pour faciliter la dentition, des dents de cheval et de sanglier ^; on recourait à toute sorte de moyens, comme à l'usage d'innombrables amulettes, contre l'ensorcellement par des imprécations ou par le mauvais œil. Quand la petite en avait assez du ballon et de la poupée S elle venait s'asseoir, dans une religieuse attente , aux pieds de la vieille
^ Formam optai modico pueris, majore puellis
Murmure, quum Veneris fanum videt anxia mater
Usque ad delicias volorum
(Juvénal, X, 289.)
2 Pline , Hist. naf., XXVIII, 78.
3 Ovide, dans les Métamorphoses (X, 262), mentionne les ballons de couleur parmi les jouets de prédilection des petites filles (pictœ pilœ, grata puellis munera). Sur les poupées [pupi, pupœ) , voyez Lactance, Instit., lib. II, c. 4, 13, 14, et S. Jérôme, Lettres, 128, 1. — Il va sans dire que beaucoup de jeux, comme ceux de la balle et des osselets, servaient aussi à l'amusement des garçons. — Voyez sur les passe-temps de ceux-ci en particulier : Horace, Satires, J, 3, 247; Perse, III. 48; Sidoine Apollinaire, Épîtres, III, 3.