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gouvernante, dont la bouche ne tardait pas à la fasciner par ce début traditionnel : « Il y avait une fois un roi et une reine. » Mais ce n'est pas seulement par cette conformité du point de départ que le conte merveilleux à l'usage de l'enfance, à Rome, ressemblaient aux histoires populaires du même genre qu'on lui raconte aujourd'hui, auprès du foyer domestique; il était aussi conçu de manière à transporter l'imagination enfanline en plein dans la région des merveilles fantastiques et brillait de couleurs non moins chatoyantes. Parmi ses héroïnes non plus ne manquait la fille du roi, d'une beauté ineffable. Là aussi elle était la cadette de trois princesses, jalousée par ses aînées moins belles et en butte à leurs mauvais tours, mais finissant généralement par épouser le plus beau des poursuivants, pendant que les deux autres sœurs expiaient leurs infamies par une mort épouvantable.
Tous nous connaissons le serrement des cœurs du petit cercle, au moment où la fille du roi est astreinte à remplir ses trois grandes tâches, ainsi que le bonheur du soulagement avec lequel les petites poitrines respirent en apprenant comment elle réussit à s'acquitter de chacune, avec l'aide secourable d'êtres surnaturels. Sa méchante maîtresse lui enjoignant d'achever jusqu'au soir le triage d'un énorme tas de grains à ensemencer, des fourmis viennent faire la besogne pour elle. Les roseaux de la rive du fleuve lui soufflent le moyen de se procurer des flocons de la toison dorée des brebis sauvages, et l'aigle va puiser pour elle l'eau merveilleuse de la source gardée par des dragons ^ .
1 Voyez la notice sur la fable d'Amour et Psyché, à la fin de ce volume.
Venaient ensuite les années où il devenait nécessaire de songer à l'instruction. Les pelites filles apprenaient à faire l'ouvrage de leur sexe, notamment à filer et à tisser; car à cette époque encore, les vêtements pour l'usage de la famille étaient confectionnés avec l'aide de la maîtresse de la maison, ou du moins sous sa direction, partout où l'on tenait au respect de l'ancien usage et des bonnes mœurs.
On sait par Suétone ^ que les filles et les petites-filles d'Auguste étaient tenues de filer et de tisser, et que l'empereur ne portait d'ordinaire que des vêtements sortant de leurs mains ou de celles de sa femme et de sa sœur. Si, même dans le demi-monde de cette époque, des affranchies ayant reçu une éducation distinguée s'appliquaient à ces travaux domestiques, comme par exemple la maîtresse de Tibulle -, on peut admettre que les bonnes ménagères le faisaient généralement. Si, d'autre part, déjà Columelle ^ se plaint de l'insouciance et de la paresse de la plupart des femmes, trop adonnées à leurs plaisirs pour veiller à ce qu'on file et tisse chez elles, il s'ensuit que ces soins domestiques, quelque négligés qu'ils fussent peut-être, n'en étaient pas moins comptés parmi les devoirs d'une maîtresse de maison. Des épitaphes en témoignent aussi, jusque dans les derniers temps de l'empire ''. On a même
1 Octave, chap. lxiv.
2 I, 3, 85. — Voir aussi Properce^ I, 3, 41 ; III, 6, 15.
3 XII, préface, 9.
* Orelli, 4639 et 4860. —Anthol. lat., éd. Meyer, 1376^ avec cet éloge d'une femme ; Lanifica, prœclara fide, pietatis alumna. — Tertullien, dans ses Exhortations à la' charité, chap. xii, spécifie comme le but du mariage les objets suivants : « Domum administrandam, familiam regendam, loculos, claves custodiendas, laniticium dispensandum, victum procuiandum, curas domeslicas. » On voit que rien ne manque à ce pro-
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retrouvé des tombeaux de femmes avec un métier à lisser, gravé sur la pierre.
Quant à l'instruction nécessaire pour la culture de Tesprit, les filles des classes supérieures la recevaient sans doute à domicile, dans la famille même, et les gens de condition médiocre seuls envoyaient, chaque matin de bonne heure, leurs enfants à l'école^ où le magister, ce croquemitaine de la jeunesse \ les tenait sous une rigoureuse discipline. Là aussi, les modèles des deux littératures du temps, les œuvres des poètes surtout, figuraient parmi les objets de l'enseignement-.
gramme. — Voyez, en outre, Symmaque, Lettres, VI, 67 et 79, ainsi qu'Ausone, II, 3; XVI, 2.
1 Invisum pueris, virginibusque caput.
(MarUal, IX, 68.)
2 C'est sans doute à l'enseignement scolaire qu'Ovide fait allusion dans ces deux vers des Tristes (II, 369) :
Fabula jucundi nulla est sine amore Menandri Et solet hic pueris virginibusque legi.
Les tragédies et les poëmes épiques avaient aussi leur i)lace dans le programme des études, suivant cette tirade de Martial (VIII, 3, 13) :
An juvat ad tragicos soccum transferre cothurnos
Aspera vel paribus bella tonare modis, Prœlegat ut tumidus te rauca voce magister
Oderit et grandis virgo bonusque puer.
Sous Honorius, Claudien, De nupt. Honorii et Mariœ, 232, dit de la fiancée de cet empereur :
Latios nec volvere libros
Desinit aut Graios, ipsa genetrice magistra, Meeonius quœcunque senex aut Thracius Orpbeus. Aut Mitylenœo modulatur pectine Sappho.
Enfin, plus tard encore, un poëte chrétien, Claude Marius Victor {Ep. ad Sabnonem, dans Wernsd, Poetx min., III, p. 108), se scandalise, en ces termes, de l'usage qui permet toujours à des vierges chrétiennes la lecture des poètes du paganisme :
Souvent les mères lisaient elles-mêmes Homère et Virgile avec leurs filles; mais, ordinairement, c'étaient des précepteurs que l'on chargeait de diriger en particulier l'instruction des garçons et des filles ' , malgré le danger de liaisons fâcheuses pouvant résulter, parfois, de l'intimité de rapports entre certains maîtres et leurs élèves du sexe, danger dont Suétone^ cite un exemple, concernant, il est vrai, chose non moins grave, une femme mariée. On s'appliquait tout particuhèrement à perfectionner les jeunes filles dans l'art de la musique et de la danse.
Discant cantare puellœ,
dit Ovide dans VArt d'Aimer^, et s'il ajoute un peu plus loin :
Quis dubitet quin scire velim saltare puellam,
ce n'est pas uniquement des jeunes affranchies qu'il entend parler, car ce talent d'agrément passait, à Rome , pour un complément de bonne éducation non moins indispensable que l'autre. Bien qu'il y eût aussi des hommes faisant profession de la musique et même de la danse,
Paulo et Salomone relicto
Quod Maro cantatur Phœnissœ et Naso Corinnae, Quod plausum accipiunt lyra Flacci aut scena Terenti, Nos horum, nos causa sumus. ....
^ Pline le Jeune {Lettres, V, 16) dit de la fille de Fundanius, morle à l'âge de 14 ans : Ut nutrices, ut pœdagogos, ut prceceptores , pro suo quemque officio diligebat! quam studiose, quani intelligenter leclitabat ! ut parce custoditeque ludebat !
2 Q. Cœcilius Epirota, Tuscùli nalus, libertus Attici equitis romani, ad quem sunt Ciceronis epistolœ, cum fîliam patroni nuptam M. Agrippas doceret, suspectus in eaet ob hoc remotus. (Grammairiens illustres, 16.)
-' III, 315, etc.