LIVRE Y. — LES FEMMES
c'est chez les femmes et les jeunes tilles qu'on appréciait naturellement le plus ces deux talents^ qui, dans l'opinion de Stace^, ne devaient pas tarder à procurer un mari à sa belle-fille, dont il fait ainsi l'éloge :
Sic certe formœque bonis animique meretur Sive chelyn complexa ferit, seu voce paterna Discendum Musis sonat et mea carmina flectit ; Candida seu molli diducit bracliia motu; Ingeniiim probitas, artemqueniodestia vincit.
L'art de la danse consistait surtout dans un balancement cadencé du haut du corps et des bras, et si les danses nationales, qui ont généralement conservé ce caractère, ne sont pas ce qui contribue le moins, de nos jours encore, à donner aux Romaines, dans la démarche et le port, la grâce qui les distingue, peut-on douter qu'il n'en ait été de même dans l'antiquité? La noblesse de la démarche élaitun des avantages dont on faisait alors le plus de cas, chez les femmes. Ovide, d'ailleurs, n'est pas le seul qui l'ait dit, dans ce vers:
Est et iii incessu pars non temnenda decoris 3.
Même sur une épitaphe du temps de la république'*, on loue une femme d'avoir été « sermone lepido, tum autcm incessu commodo. » Outre le chant, on apprenait aux jeunes filles à jouer des instruments à cordes, dont quelques-uns,
' Demetri teque Tigelli
Discipularum interjubeo plorarecathedras,
dit Horace, Satires, I, 10, 98.
2 Silves, III, 3, 63.
'•' Art d'aimer, III, 299.
4 Orelli, 4848.
cependant, étaient réprouvés par des juges plus sévères, comme énervant et surexcitant trop ^ de même que certaines danses grecques-. Telles étaient aussi parfois appelées à montrer publiquement leur talent de cantatrices. Dans les grands jours de prière et de fête religieuse, des chœurs de neuf vierges de famille noble chacun, marchaient par trois, en tête de la procession, chantant des hymnes. Aux obsèques d'Auguste, les mélodies funèbres devaient même être chantées par des enfants de l'un et de Tautre sexe appartenant aux premières familles ^ Horace, dans une de ses odes"*, se flatte de l'espoir que plus d'une femme se souviendra un jour du temps où, jeune lille, elle apprenait et répétait les hymnes de la composition de ce poète. Du reste, il paraît qu'il était assez commun de trouver des jeunes filles et des femmes sachant mettre elles-mêmes en musique les textes des poètes et les chanter, avec accompagnement de luth, talent dont Pline le Jeune ^ crut devoir faire honneur à sa femme non moins que Stace à sa bellefille.
C'est au milieu d'occupations et d'amusements pareils que l'enfant grandissait et se formait jusqu'à l'âge de nu-
1 « Psalteria et spadicas eliam virginibus probis recusanda. » dil Quintilien. I, 10, 31.
- Motus doceri gaudet lonicos Mat lira virao
dit Horace, Odes, III, 6, 22.
3 Canentibus neniam principum liberis utriusque sexus (Suétone, Octave, chap. c). — Dans ses Tristes, II, 23, Ovide dit même.:
Ipse quoque Ausonias malresqus nurusque Carmina turrigeree drcere jussit Opl.
i IV, 6, 41-44.
^ Lettres, IV, 19.