‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 190 sur 266 · LIVRE V. — LES FEMMES · texte numérisé non relu

LIVRE V. — LES FEMMES

bilité, qui imposait aux parents le devoir de déployer toute leur sollicitude pour assurer l'avenir de leur fille, par un sortable et heureux mariage. Les jeunes filles atteignaient la majorité, nécessaire pour contracter un engagement matrimonial, avec l'accomplissement delà douzième année ' , et l'on peut admettre qu'elles se mariaient généralement entre leur treizième et seizième ou dix-septième année. Cela résulte clairement, du moins pour l'Italie , d'une multitude d'inscriptions de cette époque , païennes et chrétiennes. Il en était sans doute de même en Grèce et dans l'Asie hellénisée ; mais il y a lieu de croire que les filles se mariaient encore plus jeunes en Egypte et en Afrique, tandis qu'elles devaient attendre plus longtemps dans les provinces du nord et du nord-ouest de l'empire. En Italie même, il y a des exemples d'enfants mariées dès avant l'âge de douze ans, mais elles ne devenaient , dans ce cas, épouses légitimes que du moment où elles atteignaient cet âge^. Ainsi Octavie, la fille de Claude et de Messaline, étant, quand elle périt assassinée, en (32 après J.-C, dans sa vingtième année% n'avait que sept ans quand on la fiança, en l'an 49, et onze lorsqu'on la maria, en 53 après J.-C, au jeune Néron, âgé de seize ans'. Une femme arrivée à l'âge de vingt ans,

1 Une épitaphe, chez Mommsen (I. R. N. 1603), porte :

Bis mihi jam senos œtas compleverat annos,

Spemque dabat thalami conjugiumque (mihi).

- Plutarque, Parallèle de Lycurgue et de Numa, 4, 2. — Pomponius [Digeste^ XXIII, 2, 4) dit positivement : Minorem annis duode- <im nuptam tune legilimam uxorem fore apud virum quum explesset duodecim annos. — Voir aussi Tertullien, Devirgine velanda. 11.

3 Tacite, Annales, XIV, 64.

4 Ibid.,\\l, 9 et 58.

sans être devenue mère, était déjà passible des peines décrétées par Auguste contre le célibat et le manque d'enfants. La dix-neuvième année révolue pouvait donc être considérée comme la dernière limite pour contracter mariage, dans une condition normale. Les inscriptions, plus rares, qui accusent chez les femmes un nombre d'années supérieur, à l'époque de leur hyménée, outre qu'il est possible qu'elles concernent en partie des veuves, se rapportent en général à des filles appartenant aux classes moyennes et inférieures, où le manque de dot, l'indigence même, peuvent avoir formé obstacle à l'établissement matrimonial.

Dans cette question, la volonté des parents était sans doute souveraine et d'un poids décisif pour la fille, bien que le consentement de celle-ci fût nécessaire pour la fiancer et la marier ^ L'inexpérience de son jeune âge déjà, même abstraction faite du mode d'intervention si impératif de la puissance paternelle, ne permet guère d'admettre qu'il en fût autrement. Aussi , la conclusion d'un mariage n'était-elle certes très-souvent que l'affaire d'un simple accord entre les deux familles. Une lettre de Pline le Jeune donne quelques indications sur les points regardés, dans les bonnes familles des classes supérieures, comme les plus déterminants pour le choix d'un gendre. Son ami Junius Mauricus l'avait prié de lui proposer un mari pour la fille d'un frère, Arulénus Rusticus. Pline désigne un de ses propres amis plus jeune que lui, Minucius Acilianus, qui ne devait guère avoir moins de trente ans , peut-être même plus que cet âge , puisqu'il avait déjà rempli des fonctions de préteur. 11

^ Mais, dit Ulpieu {Digeste; XXIII, 1, 12j : Quœ patris voluiilati non lepugnat, consentire intelligitur. Tune autem solura dissenliendi a pâtre licenlia filiœ conceditur, si indignum moribus vel turpem sponsum ei pater eligat.

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