‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 19 sur 266 · CONSIDÉRATIONS GENERALES. XXXV · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GENERALES. XXXV

Tibère à son début, des princes habiles et remplis d'activité comme Vespasien et Adrien, un grand capitaine et empereur modèle comme Trajan, des philanthropes comme Titus et Antonin le Pieux et un sage comme Marc-Aurèle , on voit déjà alterner sur le trône des monstres à face humaine, tels que le même Tibère, dans sa vieillesse débauchée, l'extravagant Caligula, l'infâme et sanguinaire Néron, Domitien et Commode, sans parler de l'imbécile Claude et du crapuleux Vitellius. La nécessité de subir de pareilles alternatives et d'abdiquer devant des autocraties ainsi constituées par le hasard ou la force, n'était-elle pas la plus grande des humiliations pour la fierté romaine, et ne devait-elle pas déjà faire entrevoir aux esprits clairvoyants la triste fin dont l'empire était menacé?

On comprend la confusion, le renversement de toutes les idées morales, qui devait résulter, pour les masses, de ces énormes contradictions d'un pouvoir si différemment exercé, d'actes se produisant toujours sous l'autorité d'un même principe, l'arbitraire d'une souveraineté sans hmites. Devant les scandales, les crimes et les turpitudes de tout genre, la minorité des hommes auxquels leur conscience ne permettait pas de tout subordonner au culte de la force, à l'adulation servile du pouvoir, n'avaient qu'à se voiler le front et à se cacher dans quelque réduit obscur, pour échapper aux persécutions de la tyrannie. L'avénement d'un bon prince délivrait bien, pour un temps, leur poitrine oppressée d'un affreux cauchemar; mais, dans cette société profondément corrompue, l'espèce de légalité qu'un empereur vertueux s'efforçait d'introduire dans son gouvernement, expirait avec lui, et le réveil, au miheu de nouvelles orgies du despotisme, n'en était que plus horrible. Les petits, la multitude, il est vrai, ressentaient moins

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