LIVRE V. — LES FEMMES
était natif de Brescie , une des villes de la haute Italie dans lesquelles on tenait encore aux bonnes mœurs de l'ancien temps. Son père comptait parmi les notabilités de Tordre équestre; sa grand' mère était une femme d'une profonde austérité, son oncle, un excellent homme : en un mot, il n'y avait, dans toute la famille, rien absolument qui pût offusquer Mauricus. Le recommandé, suivant le portrait de Pline, était un homme de beaucoup d'activité, d'une grande énergie et cependant d'une modestie exemplaire. Il avait une noble figure, tout l'extérieur d'un bel homme, le teint frais et coloré de la santé, une prestance sénatoriale, autrement dit un air des plus distingués, a Ce sont, » poursuit l'auteur de la lettre, « de ces qualités qu'il ne faut pas dédaigner, car elles constituent en quelque sorte le prix dû à la chasteté d'une jeune fille. Je ne sais pas si je dois ajouter que le père est possesseur d'une très-belle fortune; car, en ne songeant qu'à la personne à qui je propose un gendre, je pourrais presque me croire obligé de me taire sur ce point; mais, quand je considère l'état de nos mœurs et de nos institutions politiques, ainsi que le poids dont y pèse tout particulièrement la fortune, il me semble, d'autre part, que je ne saurais pourtant passer cette question sous silence. C'est qu'en effet, lorsqu'on pense aux enfants à venir et surtout à l'éventualité d'une postérité nombreuse, il faut absolument faire entrer ce point aussi en ligne de compte , dans le choix d'un époux ^ ». Or, bien avant Pline, Horace - avait dit :
Scilicet uxorem cum dote fidemque et amicos Et genus et formam regina Pecunia donat.
< Pline, Lettres, II, 14.
2 Épîtres, f, 6, 36.
Et s'écria de même Juvénal ^ :
Quis gêner hic placuit censu minor atque puellae Sarcinulis impar!
Leur époque ne fut rien moins que l'âge d'or du sentiment.
Souvent les filles étaient fiancées encore enfants^. Vipsanie Agrippine , fille d' Agrippa et de Pomponia, fut, dès sa première année, promise à Tibère ^ Une des filles de Séjan, mise à mort après la chute de son père, sur un sénatus-consulte, avait élé fiancée à un fils de Claude, Drusus, qui périt peu de jours après les fiançailles, étouffé par une poire; tous les deux étaient encore des enfants^. Claude, qui avait d'abord promis sa fille Oclavie, déjà mentionnée plus haut, à L. Silanus, la fiança en 49 à Néron ; le mariage fut toutefois, comme on l'a vu, reculé jusqu'à ce que Néron eût seize ans^. Tout se négociait ordinairement par voie d'intermédiaires^. La langue latine n'a point de terme spécial pour la demande en mariage. Les jeunes aspirants, ou ceux qui
2 Dion Cassius, LIV, 16. — Voyez aussi Suétone, Octave, chap. xxxiv. — Voici dans le Digeste (XXIII, 1, 14) l'avis de Modestin à cet égard : In sponsalibus contrahendis aetas contrahentium definita non est, ut in matrimoniis ; quapropter et a primordio aetatis sponsalla effici possunt, si modo fieri ab utraque persona intelligatur. id est, si non sint minores quam septem annis.
5 Cornélius Népos, Atticus, chap. xix.
^ Tacite, Annales, V, 9. — Dion Cassius, LVIII, 11. — Suétone, Tibère, chap. Lxi, et Claude, chap. xxvii.
^ Tacite, Annales, XII, 3, 9 et 58. — Dans Juvénal (II!, 111), le jeune fiancé {sponsus levis adhuc) paraît logé dans la maison du beau-père.
6 Ulpien {Digeste, XXIU, i, 18) dit à ce sujet : In sponsalibus constituendis parvi refert, per se et coram, an per internuntium vel per epislolam, an per alium hoc factum sit, et fere plerumque conditiones inlerposilis personis expediuntur.