LIVRE V. — LES FEMMES
venaient demander pour eux, ne s'adressaient pas à la jeune fille, mais à ses parents ou tuteurs. Nous avons déjà vu que les fiançailles étaient célébrées comme une grande fêle ^ ; mais elles ne changeaient rien dans les. rapports entre les futurs époux et ne leur procuraient guère Toccasion d'apprendre à se connaître mieux qu'auparavant ^
Les idées du temps ne plaçaient pas les fiancés dans une condition à part. Ni les Romains ni les Grecs n'ont jamais partagé le sentiment, si vivement exprimé dans les mœurs germaniques, qui prête à la fiancée une espèce d'auréole, en consécration du changement d'état de la vierge, appelée à passer de cette condition à celle d'épouse. Entre autres cadeaux de circonstance, le fiancé faisait présent à sa future, en gage de sa fidéfité, d'une simple bague en fer, sans l'ornement de la moindre pierre fine; mais il ne recevait pas même de bague d'elle en retour ^.
1 Cicéron, ad Quint, fr., II, 6. — Festus, éd. M., p. 343. — Sénèque, De beneficUs, IV, 39, 3. — Pline le Jeune, Lettres, I, 9. — Suétone, Auguste, chap. Liii (in turba sponsaliorum die vexatus). — Tertullien, De idol., 16.
2 Sénèque, De matrim. — Dans S. Jérôme, ad Jovinian., l, p. 190, etc. (Haase, III, p. 429), on lit : Adde quod nulla est uxoris electio , sed qualiscumque obvenerit, habenda. Si iracunda, si fatua , si deformis , si fœtida, quodcumque vitii est. post nuptias discimus. Equus, asinus, bos et vilissiraa raancipia, vestes quoque et lebetes, sedile ligneum, calix et urceolus fictilis probantur prius et sic emuntur : sola uxor non ostenditur, ne ante displiceat quam ducatur.
3 Sur ces cadeaux, voyez Digeste, XVI, 3, 25 : Die sponsaliorum aut ix)stea res oblatas puellœ, etc.; Vie de Maximin le Jeune, chap. i : Desponsata illi erat Junia Fadilla... manserunt autem apud eam arrœ regice... monolinum de albis novem, reticulum de prasinis undecira, dextrocherium cum costula (?) de hyacinthis quatuor, preeter vestes auratas et omnes regias, cœteraque insignia sponsaliorum. — Voir aussi Code de Justinien, V, 1-3, et Code Théodosien, IH, 5; enfin, sur la bague des fiançailles en particulier, Pline, Hist. nat., XXXIII , 12 ; Juvénal, VI, 25; Digeste, XXIV, 1, 36, 1.
356 MÛKURS ROMAINES.
Ce n'était pas la fiancée même qui s'engageait, c'étaient les personnes sous la puissance desquelles elle se trouvait.
A l'approche des noces, toute la maison n'était occupée et préoccupée que de l'achat des bijoux et des parures nuptiales, du trousseau, ainsi que du choix, de la composition et de l'équipement de la domesticité destinée à suivre la jeune femme dans sa nouvelle demeure. Pline le Jeune ^ mentionne la garde- robe, les perles et les pierreries comme des objets à fournir par le père de la fiancée. Le même-, à l'occasion de la noce d'une fille de Quintilien, lui envoie 50,000 sesterces, pour que, dit-il, sa toilette et sa suite répondent à la condition du mari^ La jeune fille disait adieu à son passé, en vouant ses poupées et autres jouets aux divinités qui avaient protégé son enfance'.
Venait enfin le jour où la mère se chargeait de parer sa fille, pour l'importante cérémonie ^ La partie principale de la parure de noce consistait en une pièce d'étoffe carrée et couleur de feu , que Ton posait sur la tête
1 Lettres, V, 16.
2 Ihid., IV, 32.
3 Sénèque, De matrim., éd. Haase, III. 429, dit : Honoranda nutrix ejus (uxoris) et gerula, servus paternus et alumnus et formosus assecla et procurator calamistratus et in longam securamque libidinem exsectus spado, etc.
* Veneri donatae a virgine pupae. (Perse, II, 70.)
'" Claudien, sous Honorius, décrit ainsi cette toilette :
Ac velut officiis trepidantibus, ora puellœ Spe propiore tori mater solertior ornât Adveniente proco, vestesque et cingula comit Sœpe inanu, viridique angustat jaspide pectus, Substringitque comani gemmis, et colla monili Circuit, et baccls onerat candentibus aures.