LIVRE V. — LES FEMMES
et rabaltait derrière et des deux côtés, de manière à ne laisser que le visage de la fiancée à découvert ' .
Dès le point du jour, les demeures des deux fiancés se remplissaient d'amis, de parents et de clients -, qui servaient en même temps de témoins à la signature du contrat de mariage. Il fallait alors dix témoins, comme plus tard encore. Les deux maisons étaient splendidement illuminées, surtout l'atrium, dans lequel on ouvrait les armoires renfermant les images des ancêtres ^, et que l'on ornait de tentures en tapisserie, de couronnes et de ramée verte \ Une dame, chargée de conduire la fiancée, joignait les mains du couple, qui s'approchait alors de l'autel, pour y offrir un sacrifice aux dieux, auxquels on sacrifiait également dans les temples. Les rues où devait passer le cortège nuptial étaient encombrées d'une foule curieuse. Il paraît qu'on y dressait même quelquefois des tribunes, pour plus de commodité ^ Anciennement, on attendait.
' Segmenta et longos habitas et flammea sumit.
(Juvénal, II, 129.)
' Stace, Silves, II, 1229, etc. — Juvénal, II, 132.
•* Sénèque, Controv., VIT, 21, p. 222, Burs. : Indicit festum dieni, aperire jubet majorum imagines.
A Stace, SilveSj 236. — Juvénal, VI, 239. — Lucain, préface, II, 354. — C laudien, iVocc5 d'Honorius et de Marie, 206, etc. — Apulée, Métamorphoses, IV, 81 : « Consensu parentum, tabulis etiam maritus nuncupatus, ad nuptias officio frequenti cognatorum et affmium stipatus, templis et œdibus publicis victimas immolabat. Domus tota lauris obsita, tœdis lucida, constrepebat hymenœum. Tune me gremio suo mater infelix tolerans mundo nuptiali decenter ornabat. » Cette description ne contient évidemment que ce qui était généralement usité. — Voir aussi Tacite, Annales, W, 27.
•> On ne saurait du moins donner une autre explication de ce vers de Juvénal (VI, 79) :
Longa per angustos figamus compila vicos.
pour conduire la fiancée dans la maison de son époux, le moment où l'étoile du soir apparaissait au firmament; cet usage était tombé, mais toujours encore la fiancée était menée à la lueur des flambeaux au domicile conjugal ^ Il y a même lieu de croire qu*on illuminait quelquefois les maisons sur son passage. On allumait des feux de joie aux environs, comme cela se voit encore aujourd'hui, lors des fêtes célébrées dans les grandes maisons , à Rome ^. Le son des flûtes se mêlait aux chants d'allégresse. On élevait la fiancée en triomphe, pour lui faire franchir le seuil de sa nouvelle maison, et, à moins que le repas de noce n'eût déjà été servi dans la maison de ses propres parents, la fêle se terminait par un festin dans celle du jeune époux, à côté duquel la mariée prenait place et se tenait couchée à table '\ Auguste avait cherché à modérer par une loi le luxe de ces repas; elle portait que la dépense pour la noce et les fêtes qui s'ensuivaient ne devait pas dépasser 4,000 sesterces, somme tellement exiguë qu'on a peine à croire que cette disposition ait été jamais observée \ Les frais de ce festin, abstraction faite de ce que l'on dépensait pour régaler la foule et en distributions d'argent aux clients, étaient encore augmentés par l'usage d'offrir également un présent en argent aux convives, en reconnaissance de l'honneur fait par eux à la maison, usage qui, selon toute probabilité, existait déjà
1 Praeluxere faces, velarunt flammea vultus. (Martial, XII, 42, 3.)
2 Tel est du moins le sens probable de ces expressions de Stace {Silves, 231) : Effulgent compita flammis.
3 Gremio jacuit nova nupta mariti (Jiivénal, II, 120). — Voir aussi Tacite, Annales, XI, 29, et Dion Cassius (XLVIII, 44), sur le repas de noce, lors du mariage d'Auguste avec Livie.
* Aulu-Gelle, II, 24.