LIVRE V. — LES FEMMES
au deuxième siècle de notre ère, à Home ^ Les couples qui désiraient s'épargner l'ennui de ces fêtes bruyantes et la charge des grandes dépenses, célébraient leur mariage dans la retraite d'un séjour champêtre; ce qui leur procurait, en outre, l'avantage d'échapper aux nombreuses et gênantes invitations à une suite de festins, dont on accablait d'ordinaire les nouveaux mariés , pour leur faire honneur. Ce qu'Apulée raconte de son mariage devait se pratiquer de même à Rome, dans les cas semblables ^.
L'entrée dans le mariage, vu la grande jeunesse des femmes, devait en général être pour elles comme le brusque saut d'une condition de dépendance absolue à une liberté illimitée, un soudain et immense élargissement de l'horizon de leur existence. En effet, il y a lieu d'admettre, ne fût-ce que par analogie avec l'usage observé présentement dans les pays du Midi , qu'à Rome aussi les filles non mariées étaient tenues dans un séquestre assez rigoureux, partout où l'on tenait aux bonnes mœurs. Il y a même quelques témoignages positifs de ce fait ^. D'autre part, il
1 II est difficile d'admettre qu'il fût appliqué aux noces du temps de Juvénal, malgré le vers 128 de sa première satire^ car il n'aurait pu se dispenser, semble-t-il, d'en faire mention dans cet autre passage de la sixième, vers 202. etc. :
Ducendi nulla videtur
Causa nec est quare cenam et mustacea perdas Labente officio crudis donanda
2 Voici textuellement ce passage (ApoL, 539) : Quippe ita placuerat, in suburbana villa potius ut conjungeremur, ne cives denuo ad sportulas convolarent : quum haud pridem Pudentilla de suo quinquaginta millia nummum in populum expunxisset ea die, qua Pontianus uxorem duxit et hic puerulus toga est involutus. Prœterea ut conviviis multis ac molestis supersederemus, quee ferme ex more novis maritis obeunda sunt. »
3 Comme celui de Varron ap. Non., 247. 18 (Oehler, satire Ménip-
est vrai, Martial ^ mentionne la présence d'une jeune fille à un festin, et Ovide, dans ses Tristes^, dit, à propos des représentations du théâtre et même de celles des mimes :
Nubilis hos virgo, matronaque virque puerque Spectat, et e magna parte senatus adest.
Mais il est permis de croire qu'en général ce n'était pas l'usage de conduire les jeunes filles à ces spectacles.
Naguère encore claquemurées dans l'espace étroit d'une chambre d'enfants, les filles des nobles maisons se voyaient ainsi, tout à coup, transportées dans un monde de jouissances sans bornes à leurs yeux, ainsi que tout rempli de merveilles, de splendeurs et d'attraits pour elles. Traditionnellement, la coutume et les mœurs ne les excluaient pas plus de cette variété infinie de plaisirs et de divertissements, qui leur étaient offerts, incessamment et à profusion, par ce monde nouveau, qu'elles ne les protégeaient contre les tentations et les dangers multiples qu'il renfermait aussi d'autre part. Dans leur intérieur, les femmes tenaient une place qui leur donnait une grande indépendance. L'ancien droit qui avait^ en ce qui concerne la famille, conféré, chez les Romains, au maître de la maison, le pouvoir le plus absolu sur tous les siens, s'étant peu à peu relâché, dans le cours des siècles, et à la fin complètement détraqué, la loi avait complété l'émancipation des femmes en leur attribuant la propriété de leurs apports. Dans ce qu'on appelait le mariage libre, devenu, sous l'em-
pée, II, 2) : Virgo de convivio abdicatur ideo, quod majores nostri virçinis acerbae aures Veneris vocabiilis imbui noluerunt.