‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 195 sur 266 · LIVRE V. — LES FEMMES · texte numérisé non relu

LIVRE V. — LES FEMMES

pire, la forme ordinaire du mariage, la dot seule se réunissait à la fortune du mari, dont les droits étaient sujets à des restrictions, même à cet égard ; la femme conservait la propriété de tous ses autres biens, tant mobiliers qu'immobiliers, dont le mari n'avait même pas en droit Tusufruit. Aussi abusait-on étrangement de l'inviolabilité de ces biens, insaisissables dans les cas de banqueroute frauduleuse. Quand le mari, suspendant ses payements, avait disposé du restant de sa propre fortune en faveur de sa femme, avant de s'être déclaré lui-même insolvable, les créanciers perdaient tout recours sur ces biens ^ .

Souvent les femmes riches avaient leur homme d'af- \ faires ou procureur attitré, qui était naturellement aussi jusqu'à un certain point leur confident. Des inscriptions parvenues jusqu'à nous en témoignent. Il s'en est trouvé une à Sestinum, dans l'Ombrie, décernée à une dame du nom de Pauline, ob mérita ejus, par un certain Petronius Justus, son ami et procureur -. Une autre du grammairien Pudent, procureur de Lépida, qui, fiancée

^ Apulée, Apol.j 523, dit : Nam cum undique versiim tabulis flagitarelur et quasi insanus ab omnibus obviis teneretur, Pax, inquit; negat posse dissolvere; anulos aureos et omnia insignia dignitatis abjicit; cum creditoribus depaciscitur. Pleraque tamen rei familiaris in nomen uxoris callidissima fraude confert; ipse egens, nudus, sed ignominia sua tectus reliquit Rufino huic, non mentior, HS tricies devorandum.

— Stewech. ajoute : Fraudem istius Rufini norunt quoque nostri temporis mercatores, quos videmus uxores domum ducere dote lautiore interdum quam vel maritus accipere dignus sit , vel socer potens persolvere, etc. — Voir aussi Digeste, XLII, VIII (IX) : Quee in fraudem credilorum facta sunt, ut restituantur ; Ibid. (dans Ulpien, livre LXXIII. ad edictum), § 14 ; Si, quum mulier fraudandorum creditorum consilium iniisset , marito suo eidemque debitori in fraudem creditorum acceptum debitum fecerit dotis constituendœ causa, locum habet haec actio.

— Voir en outre Ibid., 17, § 2; 18; 25, § 1. - Bull, de l'Inst., 1856, p. 141, 4.

d'abord à L. César, devint ensuite la femme de P. Sulpicius Quirinus et fut exécutée en Tan 20 ^ , est très-originale -.

Ces amis et serviteurs dévoués des dames , « absurdes et insipides :» dans la société des hommes, mais « rusés et parfaits jurisconsultes )> auprès des femmes, étaient le sujet de propos moqueurs déjà du temps de Cicéron ^. Ces relations paraissaient le plus scabreuses, quand l'élu, jeune et bel homme, remphssait en même temps, auprès de la dame, le rôle de sigisbée. Il est déjà question du « beau procureur » dans un petit roman criminel de l'école des rhéteurs du temps, rapporté par Sénèque ^. Le type du procureur frisé '^ apparaît, à la même époque, dans le personnel formant la suite de la femme, envers lequel le mari est obligé de se montrer plein d'égards. Ce personnage ne discontinue pas de faire figure dans l'entourage des femmes

1 Tacite, Annales, III, 22.

2 Elle porte, d'après Orelli, 639 :

Procurator eram Lepidœ moresque regebam.

Dum vixi mansit Cœsaris illa nurus.

Philologus discipulus,

3 Voici le portrait qu'il fait d'Ébutius, homme d'affaires de la veuve Césennia (Pro Cœc, 5,14): Quam personam jam cotidiana e vita cognoscitis, mulierum adsentatoris, cognitoris viduarum, defensoris nimium litigiosi, contriti ad regiam, inepti ac stulti inter viros, inter mulieres periti juris et callidi, banc personam imponite iEbutio.

^ A savoir : Mortua quidem uxore, ex quo fdium babebat, duxit aliam; sustu^lit ex ea filium. Habebat procuratorem in domo speciosum. Cum fréquenter essent jurgia novercœ et privigni jussit eum emigrare. 111e trans parietem habitationem conduxit. Rumor erat de adulterio procuratoris et matris familiae. — Le mari ayant été ensuite assassiné, le soupçon tomba naturellement sur le procureur (Sénèque, Controv., VU, 20, éd. Bursian).

'" Procurator calamislratus (Sénèque, De mairim., éd. Haase, III^ 429).

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