‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 196 sur 266 · LIVRE V. — LES FEMMES · texte numérisé non relu

LIVRE V. — LES FEMMES

riches, jusque dans les derniers temps de Tempire '. « Quel est, » demande Martial ^ à un mari complaisant, ce ce damoiseau bouclé qui ne bouge pas des côtés de votre femme, qui a continuellement quelque chose à lui chuchoter à l'oreille et toujours le bras droit passé autour de son siège? Il s'occupe des affaires de votre femme, me dites-vous, eh ! c'est bien des vôtres qu'il se mêle , homme candide que vous êtes. »

Il est dans la nature des choses que des femmes, dans une position aussi indépendante, devaient souvent prendre les rênes du gouvernement de toute la maison et arriver ainsi à dominer leur époux, dans toute la force du terme. Horace ^, dans sa description des mœurs primitives des Scythes, relève, comme un trait caractéristique, que chez eux la femme ayant de la fortune ne domine pas son mari. « Vous me demandez, dit Martial '', pourquoi je ne veux pas épouser une femme riche? C'est que je n'ai nullement envie de devenir la très-humble servante de ma propre épouse. » Juvénal ^^, aussi, ne connaissait rien d'insupportable comme une femme riche. Il paraît même que les mariages de pure comédie, auxquels des hommes sans

1 Saint Jérôme, qui a emprunté ce type, avec beaucoup d'autres, à Sénèque, dit dans une de ses Lettres (54. 13) : Nec procurator calamistratus, nec formosus collactaneus, nec candidus et rubicundus assecla adhérant lateri luo; puis (ibid., 79, 9) : Non ambulet juxta te calamistratus procurator, non histrio fractus in feminam, non cantoris diabolici Yenenata dulcitudo, non juvenis volsus et nitidus.

3 Odes, III, 24, 19.

4 XIIL 12. — Voir aussi Ibid., XII. 75, 6, où il dit :

Horum delicias superbiamque Et fastus querulos, Avite, malo Quam dotis mihi quinquiens ducena.

^ VI, 460, et 136, etc.

fortune et sans vergogne se prêtaient pour de l'argent, n'étaient pas rares; ils offraient le moyen d'éluder les lois contre le célibat et de jouir, en ménageant ainsi les dehors, d'une liberté d'autant plus grande \ Disons, en passant, que déjà chez les Grecs et les Romains la pantoufle était le symbole de la domination de la femme sur le mari ^.

La position des Romaines, dans la société, n'était pas moins indépendante que dans l'intérieur de la maison. Même anciennement, sous la république, elles ne furent jamais assujetties au même frein que les Grecques mariées, dont la plus grande ambition était que l'on parlât d'elles le moins possible entre hommes, soit en bien, soit en mal, et qui voyaient dans le seuil de la maison une barrière, qu'elles ne pouvaient se permettre qu'exceptionnellement de franchir sans danger pour leur réputation. Bien que, dans l'ancienne Rome aussi, les vertus domestiques fussent seulement ou principalement appréciées chez la matrone, l'usage ne l'y avait cependant jamais exclue de la société et des endroits publics. Les femmes ne craignaient pas de s'y montrer, elles fréquentaient les spectacles et elles assistaient aux festins ^. Avec la dissolution de l'ancien régime de la famille et la disparition de l'austérité des

1 Sénèque, éd. Haase, III, p, 434 : Nam quid de viris pauperibus dicam, quorum in nomen mariti ad eludendas leges quœ contra cœlibes latae sunt pars magna conducitur? Quomodo potest regere mores et prœcipere castitatem et mariti auctoritalem tenere qui nupsit? — S. Jérôme. Lettres, 16 : Unde et pauperes eligunt, ut nomen tantum virorum habere videantur, qui patienter rivales sustineant : si mussitaverint, illico projiciendi.

2 Voir Jahn, à propos d'un passage de Perse (V, 169, p. 207).

3 Quem enim Romanorum pudet uxorem ducere in convivium, aut cujus materfamilias non primum locum tenet sedium atque in celebritate versatur ? (Cornélius Népos, préface, 8.)

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