‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 197 sur 266 · LIVRE V. — LES FEMMES · texte numérisé non relu

LIVRE V. — LES FEMMES

mœurs, prévalut de plus en plus la tendance des femmes à s'affranchir de toute contrainte extérieure, et, déjà au commencement de l'empire, c'est à peine s'il y avait encore des barrières arrêtant quelque peu les Romaines dans le rayon d'influence de leur position sociale.

Les rapports du rang et de la condition des femmes, les titres, privilèges et distinctions auxquels elles pouvaient prétendre, n'étaient pas moins exactement réglés pour elles que pour les hommes \ comme on l'a vu p. 220.

La femme de rang sénatorial eut formellement droit, sous les Sévères, à la qualification de très-illustre [clarissima), qui lui était probablement déjà accordée beaucoup plus tôt, par courtoisie. Si, comme il va sans dire, l'état et le rang de la femme se réglaient ordinairement sur la position du mari, les empereurs conféraient cependant quelquefois le rang consulaire, auquel se rattachaient aussi pour elles, comme il paraît, les insignes de cette dignité, même à des dames qui n'étaient pas mariées avec des personnages consulaires^, ou bien, mais très-rarement, ils le leur laissaient, quand même elles épousaient, en se remariant, un homme d'un rang inférieur^. Héliogabale éleva au rang consulaire une esclave carienne, mère de

1 f^audet. De la noblesse, p. 101.

2 D'Héliogabale, son biographe (chap. iv) dit : Fecit et senaculum, id est mulierum senatum, in que ante fuerat conventus matronarum solemnibus duntaxat diebus, et si unquam aliqua matrona consularis conjugii ornamentis esset 'donata : quod veteres impeiatores affinibus detulerunt, et bis maxime quae nobilitatos viros non habuerunt, ne innobiiitatœ remanerent.

3 Ulpien, livre II, de censibus {Digeste, I, 9, 12) : Nuptœ prius consulari viro impetrare soient a Principe, quamvis perraro, ut nuptae iterum rainoris dignitatis viro, nihilominus in consulari maneant dignitate; ut scio Antoninum Augustum Julia' MammœcC consobrinee suœ induisisse.

son favori Hiéroclès'. Il paraît que les distinctions accordées aux dames consulaires étaient très-grandes, puisqu'il y eut doute sur le point de savoir si même un personnage du rang des préfets aurait le pas sur elles, ce qu'Ulpien n'affirme pas très-clairement^.

Lors de l'admission d'une femme dans cette première classe de la hiérarchie nobiliaire féminine, une espèce de chapitre de dames, du premier ordre sans doute {conventus matronarum) , probablement le même que celui dont Suétone fait déjà mention, dans sa Vie de Galba (au chapitre V ^), s'assemblait solennellement. Héliogabale faisait régler par ce sénat de femmes une foule de questions d'étiquette : comme, par exemple, de savoir quel devait être le costume des femmes, suivant leur rang; laquelle devait avoir le pas sur les autres, laquelle marcher au-devant de l'autre pour le baiser; à quelle espèce de voiture et d'attelage (de chevaux, d'ânes, de mulets ou de bœufs) chacune avait droit, à qui d'entre elles serait permis l'usage de la chaise à porteurs, des chaises garnies d'argent ou d'ivoire en particulier, ou bien celui des chaussures ornées d'or et de pierreries^. L'historien de cet empereur traite ces sénatus-consultes de ridicules. Cependant le biographe d'Aurélien dit que ce dernier crut devoir rendre aux femmes leur sénat, en y assignant les premières pla-

1 Dion Cassius, LXXIX^ 15.

2 Ce jurisconsulte dit, livre LXII, ad edictum [Digeste, I, 9, 1) : Consulari feminae utique consularem viruin preeferendurn nenio ambigit. Sed vir prœfectorius an consulari feminae prœferatur vid«ndum. Putem praeferri, quia major dignitas est in sexu virili; puis § 1 : Consulares autem feminas dicimus consularium uxores; adjicit Saturninus etiam matres, quod nec usquam relatum est, nec usquam receptum.

3 En ces termes : (Agrippina) in conventu matronarum correpta jurgio atque etiam manu pulsata... a matre Lepidœ.

4 Vie (VHéliogabale, chap. iv.

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