LIVRE V. — LES FEMMES
M. Messalla et de C. Cassius^ A la profonde et terrible subversion de toutes les idées morales, qui fut l'effet le plus désastreux des longues guerres civiles, il n'y avait, d'abord, possibilité d'apporter remède qu'extérieurement. Quand, en l'an 18 avant notre ère, Auguste fulminait contre le célibat, ou se récriait au sénat contre l'inconduite des femmes^, les déclamations pathétiques d'Horace^, comme les plaintes élégiaques de Properce ^, s'accordaient avec les plaisanteries les plus risquées d'Ovide^ sur ce point que la vertu des femmes était, de leur temps, chose introuvable à Rome.
Des plaintes semblables se renouvellent continuellement, dans les temps postérieurs. Sénèque loue sa mère de ne pas s'être ravalée par l'impudicité, le plus grand mal du siècle, au niveau de la majorité des femmes^. Quiconque, dit-il dans un autre passage', ne s'est pas fait remarquer par une liaison galante, ou ne fait pas une rente à quelque femme mariée, est méprisé des dames
1 Hist. liât., XVII, 245 : M. Messallte. C. Cassii censoruni lustro. a quo tempore pudicitiam subversam Piso gravis auctor prodidit. - DionCassius. LIV, 16.
3 Odes, III, 6, 17, etc.; 24, 20.
^ II, 6, 25 ; 32, 49, etc. ; III, 12, 17 ; 13, 23 :
Hic genus infidum nuptarum, hic nulla puella, Nec fida Euadne, nec pia Pénélope.
^ Comme dans les Amours, par exemple, I, 8, 43 :
Ladite formosœ, casta estquam nemo rogavil : Aut, sirusticitas non vetat, ipsa rogat.
Et %hid.,\\\. 19, mais surtout III, 4, 37 :
Ruslicus est nimium quem laedit adultéra conjux. Et notos mores nop satis urbis habet.
''' Consolations à Helvie, 16, 3, et à Marcie,2i, 3. ' De beneficiis, I, 9, 3.
et regardé comme un amateur de servantes. Quand Vespasien prit les rênes du gouvernement, la licence et la luxure avaient, au rapport de Suétone \ envahi la société , par suite du manque de lois pénales répressives, auquel le nouvel empereur se mit en devoir de suppléer de son mieux ^. Tacite^ loue en Germanie ce contraste avec Rome que l'on n'y rit pas du vice et que séduire, ou se laisser séduire, ne s'y appelle pas suivre l'esprit du temps. Si un Martial^ se permet de dire qu'il n'y a pas à Rome une femme qui ne se donne : "
Queero diu totam, Safroni Rufe, per urbem, Si qua puella neget; nulla puella negat,
il faut, quelque largement qu'on fasse la part de l'exagération que comporte ce genre de plaisanterie, admettre pourtant un fond de réalité qui le motivait, et les descriptions obscènes de la sixième satire de Juvénal , bien que la charge y soit poussée jusqu'à la bouffonnerie ;, devaient nécessairement aussi se fonder sur maint exemple du genre de turpitudes qu'il signale. Marc Aurèle se vit obligé de prendre des mesures contre la luxure des femmes et des jeunes gens de la noblesse^. Dion Cassius*^, consul, après la publication des lois rendues par Seplime Sévère contre l'adultère, trouva sur les registres Pinscription de trois mille plaintes formées pour pareille
i Vespasieriy chap. xiii.
- Gravibus senatus decretis libido, feminarum coercita (Tacite, Annales, II, 85); et ailleurs : Auctor fuit senatui decérnendi ut qucC se alieno servo junxisset ancilla haberetur.
3 De Mor. Germ., chap. xix.
•' Hist. Aug. Vie de Marc Antonin, chap. xxm.