‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 201 sur 266 · LIVRE V. — LES FEMMES · texte numérisé non relu

LIVRE V. — LES FEMMES

cause. Dans l'antiquité déjà les cornes avaient, dans le langage symbolique, la même signification qu'aujourd'hui, y servant aussi à désigner le malheur des maris trompés ^ Bien des témoignages de contemporains, comme ceux que nous venons de rapporter, peuvent, il est vrai, ne reposer que sur des observations passagères, superficielles, ou purement individuelles, et n'avoir été souvent que l'expression d'un moment d'humeur, d'un dépit ou d'autres fâcheuses impressions. 11 est évident aussi qu'on y a beaucoup visé à l'effet, en les chargeant des couleurs dans lesquelles se complaisaient des esprits imbus de la rhétorique du temps; mais il n'y a pas non plus, d'autre part, manque de faits et de symptômes desquels il faut bien conclure à des progrès très-alarmants de la corruption. Rappelons avant tout la frivohté coupable, engendrée et entretenue par la facilité du divorce, la légèreté avec laquelle se faisaient et se défaisaient les mariages-. Si Sénèque^ dit qu'il y avait des femmes qui comptaient leurs années non d'après les consulats, mais d'après leurs maris, et Juvénal^, que beaucoup de femmes, ne se faisant pas scrupule de divorcer, avant même que la ramée verte, ornant la porte à leur entrée dans la maison nuptiale, ne fût desséchée, arrivaient ainsi jusqu'à compter huit maris en cinq ans; si TertuUien^ en-

* Saumaise, sur Tertullien. De pall., p. 301, etc.

^ Suétone, Césai% chap. xliii : Diremit nuptias praetorii viri, qui digressam a marito post biduum statim duxerat, quamvis sine probri suspicione. — Le même, Tibère, chap. xxxv : Alium et quœstura removit, quod uxorem pridie sortitionem ductam postridie repudiasset.

:* De Beneficiis, III, 16, 2.

4 Sat., VI, 223.

^ ApoL, 6. — Voir aussi Martial, VI, 7 :

Aut minus, aut certe non plus tricesinia lux est, Et nubit decimo jam Telesilla viro.

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core assure que les femmes de son temps ne se mariaient, en quelque sorte, que pour se ménager l'occasion de divorcer, ce sont là évidemment des exagérations, amères ou badines; mais il n'en fallait pas moins que la réalité fût bien triste, pour qu'elle conduisît naturellement à des exagérations pareilles.

Il ne faut pas oublier que l'esclavage aussi exerçait à Rome, comme partout, la plus déplorable influence sur la moralité conjugale. Si c'était là une des raisons qui avait fait, de tout temps, juger avec beaucoup d'indulgence l'infidélité des maris, il était naturel aussi que, par suite des fâcheux progrès constatés dans le sens du relâchement des mœurs et de l'émancipation des femmes, celles-ci prétendissent de plus en plus à jouir de la même liberté que les hommes, ou prissent du moins la violation de la foi conjugale par leurs maris pour excuse de leurs propres déportements ^ Il y avait sans doute aussi, pour elles, une tentation dans la certitude de trouver toujours à choisir, parmi leurs esclaves, des amants soumis et discrets, et tout porte à croire que les liaisons de l'espèce n'étaient nullement de rares exceptions-. « Votre femme, » est-il dit dans une épigramme

1 Juvénal, Sat.,\l, 281 :

Olim convenerat, inquit, Ut faceres tu quod velles, nec non ego possem Indulgere mihi.

2 Pétrone, c. xlv, mentionne : Dispensatorem Glyconis, qui deprelïiensus est, cum dominam suam delectaretur. — Cilons aussi c. cxxvi, ainsi que ces vers de Martial (VI, 39) :

Pater ex Marulla, Ciuna, faclus es septem Non liberorum : namque nec tuus quisquam. Nec est amici filiusve vicini, Sed in grabatis tegetibusque concept i Materna produnt capitibus suis furta.

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