‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 202 sur 266 · LIVRE V. — LES FEMMES · texte numérisé non relu

LIVRE V. — LES FEMMES

de Martial s « vous appelle un coureur de servantes, lorsqu'elle est elle-même un tendron de porteurs de litière; vous n'avez mutuellement rien à vous reprocher. »

Mais les femmes étaient encore exposées à d'autres influences corruptrices de la nature la plus pernicieuse. N'appuyons pas trop sur les effets démoralisants de certaine littérature; cependant, on est fondé à considérer comme des symptômes d'une effrayante dépravation des productions comme les élégies et VArt d'aimer d'Ovide , qui surpassent peut-être en immoralité, du fond plus encore que de la forme , tout ce qui a été écrit dans ce genre. On peut attribuer une influence plus dépravante encore que celle de la littérature à la licence déployée dans les œuvres et les décorations de l'art. Déjà Properce- se plaignait des images et peintures murales qui pervertissaient les femmes et les jeunes filles, à force de blesser leurs yeux candides. Mais le pis, sans contredit, c'étaient les fascinations des spectacles et les excitations des festins, signalés les uns et les autres par Tacite^, comme les deux plus grands dangers menaçant l'innocence et la pureté des mœurs.

La passion pour les spectacles est une des faiblesses qui ont été le plus reprochées aux Romaines de cette époque.

Utquemagis stupeas, ludos Paridemque reliquit,

dit Juvénal d'une dame du temps''. Stace aussi impute à

i XII, 58.

2 II, 6, 27-34. — Voir aussi Sénèque, Controv., V, 33, p. 250, éd. Schott, et Raoul-Rochette, Peinture antique^ p. 263, etc.

^ Germ., c. xix : Ergo sœptœ pudicitia agunt, nullis spectaculorum illecebris, nullis conviviorum irritationibus corruptae.

4 Sat., VI, 87.

Famour des spectacles la répugnance de sa femme à quitter Rome, quand il lui dit^ :

Cur hoc triste tibi ? Certe lascivia cordi Nulla nec aut rapidi mulcent te prœlia circi, Aut intrat sensus clamosa turba theatri.

Cette passion ne dérivait pas seulement de la curiosité, mais aussi, comme dit Ovide dans un passage connu, du désir des femmes de se montrer. Comparant, dans VArt d'aimer ^y l'affluence de toutes ces femmes parées au théâtre à des fourmilières, ou à des essaims d'abeilles, il termine par ce vers :

Sic ruit in célèbres cultissima femina ludos.

Jamais elles ne se paraient plus richement et avec plus de soin que pour les spectacles^ : n'était-ce pas en ces lieux d'étalage de ce qu'il y avait de plus éblouissant dans les magnificences de la Rome impériale, qu'elles étaient sûres de trouver le plus grand et le plus brillant cercle d'admirateurs? Si de graves historiens comme Tacite et Dion Cassius n'ont pas dédaigné de mentionner le man-

1 Silves, ni. 5, 15.

^ Tertullien, Bcs spectacles, chap.. xxv : Imo in omni spectaculo nullum magis scandalum occurrit, quam ipse ille mulierum et virorum accuratior cultus. Ipsa consensio, ipsa in favoribus aut conspiratio aut dissensio inter se de commercio scintillas libidinum tonflatullant. Nemo denique in spectaculo ineundo fquidquam?) prias cogitât nisi videri et videre. — Dans un conte d'Apulée {Métamorphoses, VI, 16), Vénus demande de l'huile cosmétique, parce que, dit-elle, « me necesse est indidem delitam theatrum deorum frequentare. » — Voir aussi Plutarque, Consol. ad uxorem, chap. iv, p. 619.

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