‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 204 sur 266 · LIVRE V. — LES FEMMES · texte numérisé non relu

LIVRE V. — LES FEMMES

vendaient leurs faveurs très-cher ^ Les instruments de célèbres joueurs de guitare étaient achetés à des prix exorbitants par leurs adoratrices, gardés par elles, comme un bien précieux et couverts de tendres baisers. Une dame d'une des plus nobles maisons procéda, d'après Juvénal-, à un sacrifice solennel pour apprendre si un joueur de guitare, alors en vogue, remporterait la couronne au prochain concours; qu'aurait-elle pu faire de plus, ajoute le poëte, si son mari ou son fils était tombé dangereusement malade?

Mais la faveur la plus générale et la plus haute était celle dont jouissaient les danseurs du ballet-pantomime, auxquels hommes et femmes faisaient à l'envi les plus grandes avances ^ C'étaient pour la plupart de beaux jeunes gens, qui acquéraient, dans l'exercice de leur profession, tous les avantages de Tagilité la plus rare et de la grâce la plus séduisante. Déjà, en l'an 22 ou 23 de notre ère, on vint à bannir d'Italie tous les pantomimes, pour faire trêve aux dissidences factieuses qu'ils excitaient dans le public et au scandale de leurs relations avec des femmes, de grandes dames sans doute , parce qu'il serait impossible autrement de bien comprendre l'intérêt de la mesure^. Le beau Mnester, le plus choyé des pantomimes sous Claude, comptait parmi les dames dont il possédait la faveur, Poppée l'ancienne, la plus belle femme du temps; devenu

1 Sat., VI, 73-77. — Voir aussi Martial, XIV, 215.

2 Sut., VI, 379-397.

3 Sénèque , Qu. nat., VII, 32, 3 : Privatum urbe tota sonat pulpitum, in hoc viri, in hoc feminœ tripudiant, mares inter se uxoresque contendunt, uter det latus illis.

4 Dion Cassius, LVII. 21, et Tacite {Annales, IV, 14), qui parle d'un bannissement des histrions en l'an 23.

ensuite, bien malgré lui pourtant, l'amant de Messaline, cette liaison le conduisit à la mort ^

Nous avons déjà dit que Domitien, par jalousie, fit assassiner en pleine rue le pantomime Paris; à la place où ce dernier était tombé, ses nombreux admirateurs répandirent des fleurs et des parfums. La rumeur publique trouva même un rapport entre le meurtre ultérieur de Domitien et la passion de sa femme pour Paris ou un autre pantomime^. Marc-Aurèle supporta avec plus de stoïcisme les amours de Faustino, qui, d'après les bruits de la ville, avait aussi des faveurs pour ces artistes ^. Galien reconnut la passion de la femme d'un certain Juste, pour un autre pantomime du nom de Paris, au même symptôme qui, jadis, avait fait reconnaître au médecin Érasislrate l'amour d'Antiochus pour Stratonice. Ne parvenant à découvrir dans l'état physique de la malade aucune cause qui pût expliquer ses insomnies, il en conclut à une profonde affection morale, et le changement subit qu'il observa dans son teint, son regard et son pouls, quand fut prononcé le nom de ce danseur, lui procura toute certitude sur la nature du mal *.

A côté des tentations des spectacles. Tacite a nommé celles des festins; mais il n'est pas possible que, même dans les plus mauvais jours, les orgies auxquelles il pensait aient jamais été si générales que des femmes n'eussent pu s'y soustraire, ni par conséquent que l'influence des festins ait été, à beaucoup près, aussi profonde et aussi pénétrante

1 Dion Cassius, LX, 22; 28; 31. — Tacite, Annales, XI, 4; 36.

2 Suétone, Domitien, chap. m et x. — Dion Cassius , LXVII , 3. — Aurélius Victor, Césars, 11, 7; Epitome, 11, 1.

3 Hist. Aug. Vie de Marc Antonin, chap. xxiii.

* Galien, De prognosi ad Epig., p. 457, K. XIV, 631.

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