LIVRE V. — LES FEMMES
que celle des spectacles. A ces banquets, tirant à l'orgie, on recevait, il est vrai, des impressions semblables à celles avec lesquelles on revenait du théâtre; car la musique, les danses et des scènes dramatiques formaient, à table aussi, le programme ordinaire des divertissements. De chastes oreilles y étaient blessées par des chansons grivoises^ et des parades obscènes^; des yeux pudiques, offensés par le spectacle des danses fameuses de Syriennes et d'Andalouses, qui, paraît-il, ne le cédaient pas, sous le rapport de la mollesse voluptueuse et de la licence, dans le genre pantomime, aux pires des représentations des aimées de l'Egypte ^,
Mais, abstraction faite de ces excitations des sens, les festins pouvaient encore devenir funestes à la vertu des femmes, en ce qu'ils offraient aux hommes, pour se rapprocher d'elles, l'occasion la plus favorable, avidement recherchée par eux et dont ils ne manquaient pas de profiter de leur mieux ^. Dans un de ses poëmes les plus hardis, Ovide raconte la séduction de la belle femme d'un mari imbécile, sous le déguisement de l'aventure de Paris et d'Hélène, noms d'emprunt conventionnel qui reviennent dans le récit de toutes les histoires d'adultère du temps, comme on le voit déjà par Cicéron'-^. Or chaque trait de celle
1 Quintilien, Inst. or., I, 2, 8 : Omne convivium obscenis canticis strepit, pudenda diclu spectantur; comme, par exemple, les « vasa adulteriis caelata » mentionnés par Pline l'Ancien (Hist. nat., XIV, 140).
2 Plutarque, Qu. conv., VII, 8. 4, 4.
3 Juvénal, X[, 162, etc.
* Ovide, Art d'aimer, I, 229, etc.
^ Nara M. Luculli uxorem Memmius suis sacris initiativit. Menelaus œgre id passus divortium fecit. Quamquam ille pastor Idœus Menelaum solum contempserat, hic noster Paris lam Menelaum quam Aga-
d*Ovide est emprunté aux réalités de l'époque, ce qui donne à sa narration un intérêt vivant très-remarquable. Ainsi, la conduite de l'amoureux, au dîner, répond entièrement à ces préceptes du même poëte :
Et modo suspiras, modo pocula proxima nobis Sumis; quaque bibi tu quoque parte bibis.
Ab quoties digitis^ quoties ego tecta notavi Signa supercilio paene loquente dari i.
Verba superciliis sine voce loquentia dicam, Verba leges digitis, verba notata mero^.
Quee tu reddideris, ego primus pocula sumam , Et qua tu biberis, bac ego parte bibam s.
Fac primus rapias illius tacta labellis Pocula; quaque bibet parte puella, bibas*.
La belle sent les regards hardis de son admirateur se porter fixement sur elle. Il soupire, il prend la coupe dont elle s'est servie et l'approche de ses lèvres, du côté où celles de sa bien-aimée viennent d'en toucher le bord; il lui fait signe de l'œil et du doigt, il trace avec du vin sur la table des lettres sympathiques; il lui raconte des histoires d'amour dans la transparence desquelles perce l'aveu de sa propre passion; il va jusqu'à faire semblant d'être gris, pour voiler ce qu'il pouvait y avoir de compromettant dans sa témérité^. Du reste, l'ancien usage, pour les femmes.
memnonem liberum non putavit. (Ad Atticum, I, 18^ 5.) Voir aussi Martial, I, 62, 5, et Lucille, Epigr., 9 [Anthologie de Jacobs, III, 30).
' Pontiques, 17, 75-90.
2 Amours, 1, 4, 19.
- Ibid., 31.
'^ Art d'aimer, I, 575.
^ Ovide, Pontiques, 16, 241, etc.; 225, etc.: 17, 75-90.