LIVRE V. — LES FEMMES
livrant à la gymnastique, où à Tescrime, dans la tenue des gladiateurs S ou passant la nuit dans des orgies à boire à l'envi avec les hommes^, ou les femmes processives rédigeant elles-mêmes leurs plaintes et mémoires pour l'action judiciaire^. Juvénal ne traite-t-il pas lui-même expressément d'exceptions toutes ces velléités d'émancipation, lorsqu'il fait dire à Laronie, dans une autre de ses satires ^ :
Luctantur paucœ, comedunt colyphia paucae?
Les femmes nouvellistes, qui se faisaient remarquer par le vif intérêt qu'elles prenaient aux affaires du monde entier, et dont il a déjà été question plus haut (page 322), étaient cependant plus nombreuses. Elles savaient vous renseigner, jusque dans les moindres détails, sur les pays les plus lointains; non-seulement elles recueillaient les bruits aux portes ou en faisaient naître de toute sorte, mais elles prenaient résolument et gardaient hautement la parole vis-à-vis de militaires du rang le plus élevé, ou faisaient à quiconque les rencontrait dans la rue le récit des derniers tremblements de terre, des inondations les plus récentes, en un mot, de tout ce qui s'était passé, quelque part que ce fût'-^. Chez les personnes douées d'une organisation supérieure, l'ambition prenait naturellement son vol plus haut.
' Juvénal, VI, 246-267; voir aussi 421. — Martial, VII, 67.
- Juvénal, VI, 429, etc. — Sénèque, Lettres, 95, 20 : Non minus pervigilant, non minus potant, et oleo et mero viros provocant; œque invitis ingesta visceribus per os reddunt et vinum omne vomitu reraetiuntur, etc.
3 Juvénal, VI, 242-245.
* Le même, II, 53.
'-> Le même, VI, 398-412.
Il était dans la nature des choses que les grandes dames prissent, directement ou indirectement, une influence décisive sur la marche des événements, et le désir d'arriver au pouvoir ou de. faire valoir leur crédit ne peut avoir été que très-commun chez elles. On sait que la destinée du monde romain a été maintes fois déterminée par les femmes, que plus d'une impératrice gouvernait au nom de son époux, ou avait du moins une part considérable au gouvernement. Auguste lui-même, qui fut un des plus grands pohtiques de tous les temps, prenait souvent conseil de la prudence de sa femme, et on se racontait, à Rome, qu'il ne conférait jamais avec Livie sur une affaire importante, sans s'y être préparé d'avance par écrit, ce qu'il faisait toutefois aussi avec d'autres personnes ^ Mais l'influence des dames de la noblesse, des amies de l'impératrice notamment, et de toutes les femmes ayant des relations suivies avec la cour, était sans doute aussi très-grande et avait des ramiflcatlons au loin. Cette influence se montrait naturellement le plus efficace dans les nominations aux offices et emplois, grands et petits, à Rome comme dans les provinces. Sénèque ^ loue sa tante maternelle d'être sortie de sa réserve ordinaire jusqu'à faire valoir son crédit en faveur de sa nomination à la questure. Gessius Florus devint procureur de Judée par sa femme Cléopâtre, amie de l'impératrice Poppée^. Le sophiste Philisque obtint la chaire d'éloquence à Athènes par l'impératrice Juda Domna'. Les femmes ambitieuses, quand leurs relations personnelles se trouvaient insuffi-
1 Suétone, Octave^ chap. lxxxiv.
2 A Helvie, 19, 2.
3 Josèphe, J. A., XX, 11, 1.
4 Philostrate, Vies des sophistes^ II, 30.