‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 208 sur 266 · LIVRE V. — LES FEMMES · texte numérisé non relu

LIVRE V. — LES FEMMES

santés, exploitaient leurs fils, dont elles ne se gênaient pas de mettre à contribution Téloquence et la fortune, dans rintérêt de leurs propres visées ou de celles d*autrui\ Dans les provinces, on voyait les femmes des gouverneurs assister aux exercices des troupes , se mêler aux soldats, entourées de centurions, comme Plancine^ et Cornélie , la femme de Calvisius Sabinus, gouverneur de Pannonie^^; elles prenaient part aux affaires, et les provinciaux étaient obligés de présenter leurs hommages à deux cours, souvent aussi de subir des exactions doubles. Il paraît même, d'après Tacite % que ces exemples n'étaient pas rares du tout.

11 n'était guère possible que les femmes restassent étrangères au mouvement littéraire, d'autant moins qu'elles tenaient, dans les classes supérieures du moins, ordinairement une certaine instruction classique de leur

* Sénèque, à Helvie, 14, 2.

- Tacite, Annales, II, 55 : Nec Plancina se intra décora feminis tenebat, sed exercitio equitum, decursibus cohortium interesse.

='• Dion Cassius, LIX, 18.

^ Annales^ III, 33 : Non imbecillum tantum et imparem laboribus sexum, sed si licentia adsit, sœvum, ambitiosum, potestatis avidum : incedere inter milites, habere ad manum centuriones; prsesedisse nuper feminam exercitio cohortium (Plancina), decursu legionum. Cogitarent ipsi quotiens repetundarum aliqui arguerentur, plura uxoribus objectari; his statim adhœrescere deterrimum quemque provincialium, ab his negolia suscipi, transigi; duoriim egressus coli, duo esse prœtoria, pervicacibus magis et impotentibus mulierum jussis^ quae Oppiis quondam aliisque legibus constrictœ, nunc vinclis exsolutis domos, fora, jam exercitum regerent.

Juvénal aussi dit, dans sa huitième satire (vers 128) :

Si nullum in conjuge crimen

Nec per conventus et cuncla per oppida curvis Unguibus ire parât, nummos raptura Celaeno ; etc.

éducation de jeunesse ^ Pour Martial^, la femme accomplie doit être riche, noble, instruite et chaste. Stace^ appelle la femme de Lucain, Polla Argentaria, savante et douée d'un beau génie. Cependant ce goût pour l'instruction était, chez les femmes, souvent aussi plus affecté que réel, suivant Ovide , qui dit dans VArt d* aimer ^ :

Sunt lamen et doctae, rarissima turba, puellae, Altéra non doctae turba, sed esse volunt.

Or, bien que ce poète assure continuellement qu'il n'entend parler que d'affranchies et d'un certain monde , pour désarmer les ressentiments excités par son livre , il ne faut pas s'y méprendre cependant : c'est bien au fond les femmes en général, telles qu'il les connaissait et qu'elles lui paraissaient être, qu'il a peintes là et partout dans ses vers. On sait avec quelle vivacité les tendances littéraires se faisaient valoir, dans les deux premiers siècles , et combien le dilettantisme poétique notamment était répandu dans la société bien élevée. Les femmes qui ne participaient pas activement elles-mêmes à ces tendances, s'y intéressaient au moins pour le compte de leurs maris ou de leurs amis, dès succès desquels elles se montraient fières. Pline le Jeune loue sa femme d'avoir contracté le goût des lettres par amour pour lui. Non-seulement elle lisait et relisait ses livres, elle les apprenait même par cœur. Faisait-il une lecture, elle écoutait derrière un rideau, attentive à toutes les

1 Quintilien, Inst., I, 6; dit : In parentibus vero quam pluriraum eruditionis esse opta verim. Nec de patribus tantum loquor.

3 Silves, II, 7, 83.

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