LIVRE V. — LES FEMMES
pour les archaïsmes, d'après la comparaison avec la colonne de Hérode Atticus; mais il pourrait bien aussi n'avoir été qu'une conséquence de l'imitation de Sapho.
Quand les femmes ne faisaient pas elles-mêmes des vers, elles critiquaient ceux des autres. Juvénal regarde ces femmes critiques comme pires encore que celles qui aimaient trop le vin. A peine attablées , elles s'engageaient aussitôt dans leurs conversations esthétiques sur Virgile et Homère, en s'appliquant à établir la balance entre les perfections de l'un et de l'autre. Le flux de leurs paroles courait si vite que personne ne trouvait plus un mot à placer; c'était comme le tintement sans fin de bassins d'airain sur lesquels on frappe, ou de sonnettes agitées. Leurs autres parades d'érudition n'étaient pas moins insupportables, lorsqu'elles savaient, par exemple, débiter des citations de vieux livres oubliés, ou ignorés de leurs maris, qu'elles avaient toujours un traité de grammaire ouvert devant elles, qu'elles corrigeaient en puristes les expressions de leurs amies et ne laissaient pas passer la moindre faute de langage à leurs maris, qu'elles se donnaient, en un mot, le ridicule des Femmes savantes, «Il ne faut pas, » dit Juvénal , « qu'une femme ait toute l'encyclopédie dans sa tête , ni qu'elle comprenne absolument tout dans les livres ^ » Martial aussi mentionne parmi les souhaits de bonheur de sa vie celui d'épouser une femme non pas trop savante 2, et, dit-il d'ailleurs :
1 Sat., VI, 434-456, où le scholiaste ajoute : Statiliam Messalinam insectatur, quœ post quatuor matrimonia diverso exitu soluta postremo Neroni nupsit. Post quem interemptum et opibus et forma et ingenio plurimum viguit. Consectata est usum eloquentiae usque ad studium declamandi.
Quaeris cur nolim te duceie, Galla? Diserta es. Saepe solœcismiim mentula nostra facit i .
C'était toutefois contre l'application ' des femmes à la philosophie qu'on s'élevait le plus. Ceux qui, fidèles aux anciennes idées romaines , désapprouvaient cette tendance d'une manière absohie, alléguaient les uns que les femmes ne se livraient à cette étude qu'afm de briller-, les autres rimpossibilité qu'elles ne devinssent pas arrogantes et hardies outre mesure, si, au lieu de passer leur temps à filer et à tisser à la maison , elles s'habituaient à converser toujours avec les hommes, à étudier des discours, à parler science et à ergotera
Les partisans de l'opinion contraire ou voulaient que l'instruction philosophique des femmes fût limitée à la morale, déclarée par eux indispensable comme étant également la base de la vertu féminine '* , ou bien , allant beaucoup plus loin, conseillaient de joindre, d'après la méthode de Socrate , à l'étude de la philosophie celle des mathématiques et de l'astronomie, un esprit nourri des idées et images les plus sublimes leur paraissant devoir être inaccessible aux vanités, à la superstition et aux folies, parce qu'une femme sachant les mathématiques aurait honte de danser et qu'une femme connaissant le charme
2 Sénèque, Consolations à Helvie, 17, 4 : Utinam quidem virorum optimus, pater meus, minus majorum consuetudini deditus, voluisset te prseceptis sapientiae erudiri potius quam imbui!... propter istas quee litteris non ad sapientiam utuntur sed ad luxuriam instruuntur, minus te indulgere studiis passus est.
3 Musonius Rufus, exe. e manuscr. Flori; Jean Damascène, dans Stobée, Florileg., éd. Meineke, IV, 222, 38, etc.
* Stobée, Ibid., et p. 216.