LIVRE V. — LES FEMMES
des dialogues de Platon et de Xénophon mépriserait les exorcismes et la magie ^
En effet, ces sciences exactes paraissent avoir été quelquefois pratiquées par les femmes, à côté de la philosophie, non pas toujours à l'avantage de leur grâce et de leur amabilité cependant 2. Mais des natures profondément sérieuses durent souvent, sans doute, chercher et trouver dans les doctrines des sages des moyens de consolation dans l'adversité. Il paraît que Livie, à la mort de son fils Drusus, en trouva dans les paroles du stoïcien Arée^. Un autre stoïcien qui vécut à la même cour, Athénodore de Cane, eut la permission de dédier un de ses écrits à Octavie, sœur d'Auguste^. L'impératrice Julia Domna aussi, quand les intrigues du favori Plautien l'eurent brouillée avec son mari Septime Sévère, se tourna vers la philosophie et les occupations scientifiques^. Elle s'entoura de mathématiciens et de sophistes^, et ce fut à son instigation que Philostrate, qui faisait partie de ce cercle, écrivit le roman d'Apollonius de Tyane ^. Galien ^ mentionne une dame de ses amies, du nom d'Arria, tenue en grande estime par les empereurs Septime Sévère et Caracalla, pour la profondeur de ses études en philosophie, sa connaissance de la doctrine platonicienne notamment. Mais, chez la plupart des femmes, ces occupa-
1 Plutarque, Conjug. preec, c. xviii, p. 145.
2 Voir à ce sujet ce que Plutarque {Pompée, chap. lv) dit de Cornélie, femme de ce dernier.
3 Sénèque, à Marcie, 4 et 5.
^ Plutarque, Poplic, c. xvii, extr.
•' Dion Cassius, LXXV, 15.
•^ Philostrate, Vies des sophistes, II, 30.
"^ Le même, Apollonius de Tyane, éd. K., p. 3, 2.
« De iheriac. ad Pisonem, p. 458, K., XIV, p. 218.
tions aussi n'étaient qu'un simple amusement. Au temps d'Épictète les dames, à Rome, avaient fait leur lecture favorite de la République de Platon , parce que l'abolition du mariage et la communauté des femmes y sont déclarées, dans une certaine mesure, la condition fondamentale de l'État idéalisé; elles pensaient y trouver l'excuse de leurs propres écarts \ et il y eut des philosophes qui les confirmaient dans cette opinion 2. Quand l'exemple de Marc-Aurèle rendit générale l'application aux études de la philosophie et des sciences, les femmes de qualité aussi attachèrent à leur entourage, moyennant rétribution, des philosophes, des rhéteurs et des grammairiens grecs d'un extérieur vénérable, avec de longues barbes grises, lesquels avaient, entre autres, l'obligation d'escorter la litière de la dame, mêlés au reste de la domesticité. Mais ce n'est guère ailleurs qu'à table, ou pendant leur toilette, qu'elles trouvaient le temps d'écouter des dissertations philosophiques; et si, par hasard, au milieu d'une tirade sur la chasteté, la femme de chambre venait à leur glisser le billet d'un amant, elles ne prenaient que le temps d'interruption nécessaire pour écrire la réponse, puis continuaient à écouter très -attentivement. On emmenait les philosophes même en voyage. Dans ce cas, il pouvait, il est vrai , leur arriver d'être quelquefois, après avoir attendu longtemps à la pluie, emballés dans la dernière voiture avec un danseur, un cuisinier ou un coiffeur. Lucien raconte qu'une dame riche et de qualité, ayant un jour confié à la garde spéciale d'un vieux stoïcien à son service , sa chienne maltaise favorite, celle-ci, qui était grosse.
1 Epictète, Fragments, 53, éd. Dubner.
2 Lucien, les Fugitifs, 18.