‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 213 sur 266 · LIVRE V. — LES FEMMES · texte numérisé non relu

LIVRE V. — LES FEMMES

rendre en pèlerinage dans ses temples, nombreux à Rome depuis le milieu du premier siècle, affublées des vêtements de lin de rigueur, participant tout échevelées, deux fois par jour, aux chœurs chantés en l'honneur de la déesse, se faisant asperger d'eau du Nil, observant les jeûnes et suivant toutes les autres prescriptions d'abstinence qu'il plaisait aux prêtres de leur imposer. Y manquaient-elles, ces prêtres, moyennant bonne rétribution, intercédaient pour la pécheresse, auprès d'Osiris, et par le sacrifice d'un gâteau, ou d'une oie grasse, les dieux courroucés se laissaient apaisera

11 n'est pas étonnant, d'après cela, que les temples d'Isis, si fréquentés par les femmes, fussent aussi devenus le foyer de tant d'abus, des lieux où s'accomplissaient toute espèce d'infamies. Les prêtresses, les prêtres, tous les serviteurs qui y fonctionnaient étaient généralement suspectés de faire le vil métier d'entremetteurs, ce qui déconsidéra tout à fait ce culte. Un fait qui eut lieu en Pan 19 après Jésus-Christ, à Rome, donne une idée de ce qui ne se passait que trop souvent dans l'intérieur de ces temples. Un chevalier, Décius Mundus, avait longtemps, mais toujours en vain, poursuivi de ses propositions galantes une dame noble, nommée Pauline, d'une irréprochable chasteté, mais très-adonnée au culte d'Isis. Les prêtres du temple où elle allait d'habitude, gagnés par une somme de 5,000 deniers, lui firent accroire que le dieu Anubis désirait une entrevue avec elle pendant la nuit. Ce fut naturellement Mundus qui parut sous le masque du dieu. Tibère ayant eu connaissance de cet attentat, outre qu'il bannit le principal coupable, fît en-

1 Juvénal, VI, 532, etc. — Tibulle, L 3, 23, etc.

durer aux prêtres le supplice de la croix, démolir le temple et jeter l'image de la déesse dans le fleuve ^ . D'ailleurs non-seulement les temples d'Isis, mais tous les temples hautes par des femmes étaient décriés comme des lieux de séduction; il n'y en avait pas un, dit Juvénal-, où des femmes ne se prostituassent, et, à part l'exagération, il y a pourtant, certes, aussi un fond de vérité dans les rapports des auteurs chrétiens, stigmatisant les temples, bois et autres lieux sacrés du paganisme, non-seulement comme des foyers d*adultère et de débauche, mais comme les théâtres de crimes affreux^.

Properce ^* accuse les temples, aussi bien que les théâtres, de l'infidélité de sa Cynthie, tandis qu'Ovide recommande les uns et les autres , ainsi que les portiques , aux chercheurs d'aventures galantes, et nomme aussi le sabbat des Juifs parmi les fêtes qu'ils ne doivent pas négliger de courir^. Il existe de nombreux témoignages de Fextrême

< Josèphe. A. J., XVIII, 3, 4.

"' Minucius Félix {Octavius, p. 67, Murait, p. 37), dit : Ubi autem magis a sacerdotibus quam inter aras et delubra conducuntur stupra, tractantur lenocinia, adulteria raeditantur? Freqiientius denique in œdituorum cellulis quam in ipsis lupanaribus flagrans libido defungitur. — De même Tertullien : Si adjiciam.... in templis adulteria componi, inter aras lenocinia tractari, in ipsis plerumque œdituorum et sacerdotum tabernaculis, sub iisdem vittis et apicibus et purpuris Ihure flagrante libidinem expungi, etc. {ApoL, chap. xv); puis, dans un autre passage, il fait parler ainsi l'Idolâtrie personnifiée : Sciunt luci mei et mei montes et vivœ aquee ipsaque in urbibus templa quantum everlendœ pudicitiee procuremus.... sciunt homines venenarii, sciunt magi, quot pellicatus ulciscar, quot rivalitates defendam, quot custodes, quot delatores , quot conscios auferam. Sciunt etiam obstetrices quot adulteri conceptus trucidentur. (De pudicitia, chap. v.)

^ Art (Vaimer, I, 75, etc.

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