LIVRE V. — LES FEMMES
raît confirmer que sainte Cécile, suppliciée sous Alexandre Sévère, était de la famille noble des Métellus'.
Si les femmes se montrèrent alors, sur le domaine de la religion, comme les étoiles guidant vers la foi-, elles étaient particulièrement aussi non moins accessibles à toutes les superstitions nouvelles que tenaces dans leur attachement aux anciennes. Une seule des innombrables formes de la superstition qui, infestant et dominant alors la société, tiraillaient la crédulité publique dans tous les sens, avait un plus grand nombre d'adeptes parmi les hommes : nous voulons parler de l'astrologie , dont les prédictions, inspirant et dirigeant les entreprises les plus grandes et les plus périlleuses, n'ont pas exercé sur les destinées du monde une médiocre influence, à cette époque. Non pas que cette manière de lire dans l'avenir, si caractéristique pour ce temps et qui était surtout grandement en vogue dans la haute société, n'ait été également très-goûtée chez les femmes. Auprès d'elles aucun astrologue, dit au contraire JuvénaP, ne passe pour un génie, s'il n'a subi au moins une condamnation. Les plus célèbres étaient ceux qui, impliqués dans un grand procès pohtique, avaient été longtemps aux fers et n'étaient parvenus qu'à obtenir, à la dernière extrémité, la grâce d'une commutation de peine, sous la forme de l'exil dans une île sauvage. 11 y avait même des femmes ellesmêmes très -fortes en astrologie , et n'entreprenant pas la moindre des choses sans consulter préalablement leur calendrier. Telles, attendant leurs couches, s'arran-
1 Voir aussi De Rossi, Romasotterranea ckristiana.
2 Strabon, I, 7, p. 297.
geaient même de façon à ce qu'un Chaldéen se tînt prêt sur un observatoire du voisinage, où on avait soin de l'avertir, par un coup frappé sur un disque de métal, du moment de la naissance de l'enfant, à lui tirer aussitôt son horoscope ^
Mais c'est par-dessus tout la magie , avec ses jongleries et ses mystifications, son délire, ses crimes et ses atrocités, qui avait la grande vogue chez les femmes. Ce genre de superstition aussi subit, avec l'influence croissante du mysticisme de l'Orient, dans le cours de cette période, une transformation complète, et les magiciens du deuxième siècle diffèrent essentiellement de ceux des premiers temps de l'empire. A ceux-ci appartenaient tout particulièrement les sorcières auxquelles croyait le bas peuple. C'étaient des femmes décriées et abhorrées, exerçant des professions équivoques, surtout le métier d'entremetteuses. Elles savaient préparer des onguents et des cosmétiques rendant la beauté, ainsi que d'autres médicaments, ayant plus ou moins d'affinité avec le poison; généralement aussi elles aimaient beaucoup le vin-. Toutefois, leurs pratiques avaient un air trop misérable et portaient trop le cachet de la mendicité, pour leur procurer beaucoup d'accès auprès des classes instruites de la société, bien qu'il fût impossible de leur fermer entièrement la porte des femmes, chez lesquelles la croyance aux vertus du philtre était surtout extrêmement répandue, si bien que Plutarque lui-même n'a pas cru pouvoir se dispenser d'en parler dans
ï Sextus l'Empirique, 739, 29, copié par Hippolyte, Réfutât., IV. 4.
2 Horace, Épodes, 5. — Ovide, Amours^ l, 8. — Properce, IV, 5. —
Martial, IX, 29. — Lucien, Dial. meretr., 4. »