‹ Moeurs romaines du regne d'Auguste à la fin des Antonins. Traduction libre, faite sur le texte de la 2. éd. allemande, avec des consideration générales et des remarques (volume 2)Chapitre 217 sur 266 · LIVRE V. — LES FEMMES · texte numérisé non relu

LIVRE V. — LES FEMMES

un de ses écrits ' , adressé à un couple des plus distingués sous le rapport de Téducalion. Mais le prestige de la magie s'accrut et le nombre des personnes qui y croyaient se multiplia extrêmement, quand elle prit les formes qui convenaient à l'esprit du temps. Les philosophes du naturalisme se mirent à exercer la magie , et les magiciens se piquèrent de professer la philosophie du naturalisme. Les uns et les autres, puisant aux sources primitives de la plus haute sagesse, qui coulaient, disait-on, en Orient, se formaient dans les écoles des bords du Nil, de TEuphrate et du Gange. Suivant Apulée-, la multitude était même, en général, tentée de soupçonner de magie tous les philosophes indistinctement, et non tout à fait à tort. Dans son Philopseudès , Lucien met en scène un Libyen, qui fait des cures par la sympathie, un Babylonien ou Chaldéen, qui guérit par la magie et conjure les serpents, un Syrien de la Palestine exorcisant les démons et les expulsant du corps des possédés^, un magicien arabe et même un sorcier hyperboréen. Aux sorcières d'autrefois, qui s'enivraient et servaient d'intermédiaires dans la débauche, succédèrent, à Rome, de pieux et saints thaumaturges, les uns personnellement originaires de l'Orient, d'autres ayant du moins séjourné bien des années dans les catacombes d'Egypte^, ou même été jugés dignes de l'admission dans la communauté des brahmines : des hommes exempts de passions humaines, dédaignant la nourriture et les boissons terrestres, vêtus de longues ro-

1 Conj. prœc, 5 et 48.

- ApoL, 448.

•' Voir aussi Josèphe, A. J., VIII, 2. 5.

' Lucien, Philopseudès, 34.

bes blanches en toile de lin ^ , vénérables dans leur extérieur et hôtes bien vus dans les palais des grands.

Bref, si les sorcières , qui les avaient précédés , ressemblent à celles de notre moyen âge , ces magiciens de l'époque subséquente se rapprochent singulièrement des grands cophtes du siècle dernier. Leur pouvoir magique était également interprété par leurs partisans comme provenant de la sainteté de leur vie même, attendu que celui qui parvient à triompher des désirs de la nature humaine se rapproche de rimage des dieux et parvient à accomplir ainsi des prodiges, avec leur aide. Eux aussi durent peut-être la plus belle partie de leur succès aux femmes, qu'ils s'efforçaient particulièrement de gagner. Ils prenaient le plus grand soin de leur extérieur. Alexandre d'Abonotique était, d*après le portrait de Lucien, un bel homme, d'une remarquable prestance, ayant la figure remplie de dignité, la peau blanche, la barbe bien cultivée, le regard plein de feu et d'ardeur, la voix douce, mais pourtant sonore; indépendamment de ses propres cheveux, il portait une perruque très-artistement arrangée, qui faisait paraître sa tête comme naturellement encadrée d'une profusion de boucles ondoyantes. Il se présentait vêtu d'une tunique blanche, garnie de pourpre, et d'un manteau blanc pardessus, une faucille à la main, en signe de sa descendance de Persée, dont il se prétendait issu. La faveur des femmes lui échut partout, et cela, comme l'assure Lucien, au su et même d'après le désir des maris; cette faveur du beau sexe n'étant du reste, sans doute, pas simplement envisagée par lui comme un but, mais aussi comme un moyen de for-

1 Lucien, Philopseudès, 16. — Voir aussi Apulée, Métamorphoses, If, 39, et Philostrate, Apollonius de Tyane, I, 8.

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